Seul(e) en scène, un comédien ou une comédienne incarne
une série de personnages dans une succession de sketchs.

10. One-man-show

La promesse de l’aube

Avec Bruno Abraham-Kremer. Adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco.

Grand écrivain du 20e siècle, Romain Gary est aussi un héros au parcours extraordinaire. Blessé de guerre, il a eu deux fois le Goncourt, une fois sous sous nom, une autre sous l’un de ses pseudonymes, Émile Ajar, avant de faire endosser cette nouvelle identité à son neveu. « J’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut [...] aux termes duquel je ne vieillirai jamais », dit-il a une journaliste en 1978, deux ans avant de se suicider. "Gari veut dire « brûle ! » en russe, à l’impératif. C’est un ordre auquel je ne me suis jamais dérobé, ni dans mon œuvre ni dans ma vie", écrit-il aussi. Enfant, il était tout pour sa mère qui adorait Victor Hugo et voulait que son fils devienne, non pas président de la République, mais ambassadeur de France. Elle, la juive russe francophile qui élevait seule Romain à Vilnius (Vilnia), la capitale lituanienne, déménagea enfin à Nice quand il avait 16 ans. C’est ce parcours que raconte la Promesse de l’aube, livre écrit par Gary à 36 ans, en 1960, après la mort de sa mère. Un roman autobiographique, au style fort et dépouillé, qui rend hommage à la passion pénétrante d’une mère pour son fils, au poids de ce destin, et à cette promesse de défendre et d’honorer la France - que Gary tint non seulement comme aviateur au côté des Anglais durant la Seconde Guerre, mais aussi en devenant plus tard Consul de France.

Le comédien Bruno Abraham-Kremer, dont la famille est également issue de Vilnia, s’empare avec une très grande justesse de ce texte qu’il a un peu raccourci. Seul sur la scène, blouson de cuir, chapeau et costume, il joue les personnages de l’enfance de l’écrivain, un voisin mystérieux, un soldat anglais, sa mère dont il imite joliment l’accent et ce riche ami artiste dont elle refusera la compagnie intime, préférant la solitude à tout compromis. Incarnant essentiellement Gary, le comédien-narrateur dit le texte sans jamais surjouer, avec la sobriété d’un passeur de mots. Il alterne russe et français, rigole, s’indigne, joue avec les rideaux au fond de la scène, s’assied, se relève et sa parole mesurée, soutenue par le son ou la musique, maintient toujours éveillée l’attention des spectateurs.

Spectacle vu le 13 novembre 2011 au théâtre la Commune (Aubervilliers 93)


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