Babass est « Creustian »

Si Babass a été révélé au grand public dans « On n’demande qu’à en rire », cela fait un bout de temps qu’il arpente les scènes comiques, notamment lyonnaises, avec son one-man-show. Déjà, en septembre 2004, François Rollin l’avait invité sur son « plateau » lors du festival du Point Virgule. Avec un style et une façon de parler inimitables, il crée Chreustian, un personnage à côté de la plaque et de la société qu’on prend pour un fou, un slave, ou un collègue de Chouchou de Gad Elmaleh. Chreustian sait qu’il lui manque une case. Piteux et esseulé, il trompe son ennui en regardant ses pieds faire la course et passer l’un devant l’autre. Ce looser a pourtant une petite famille : sa femme Chreustiane et son fils Chreustophe, qu’on devine aussi singuliers.

Tant par leur portée absurde que du point de vue phonétique, ses phrases dégagent une étrange poésie comique. Dans un travail de tous les instants, Babass compose cette attitude pesante, cette mine déconfite et cette diction improbable qu’il ne lâche pas une seconde, sauf lors du salut final où l’on entrevoit le vrai bonhomme, imperceptible durant tout spectacle.

De ses débuts comme cracheur de feu, Babass garde le souffle de ces artistes de one-man-show tout terrain, à l’instar de Fred Tousch, dont l’humour s’ancre dans une réalité plus profonde que le bavardage stand-up. A travers la naïveté de son personnage déclassé, c’est bien le monde que Babass nous donne à voir, dans toute sa cruelle absurdité.

PS : Babass vient d’être déprogrammé du théâtre du Temple pour une fréquentation insuffisante – mais pourquoi l’avoir mis dans la grande salle ? En attendant de prochaines représentations parisiennes, il poursuit l’émission de Ruquier et ses dates en province.

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