Bernard Azimuth – A table !

Il s’appelle Bernard Azimuth et c’est un personnage. Anti-héros timide, complexe, humain, modeste mais terriblement chiant quand il est bourré, il aime délirer sur le langage à la manière d’un François Rollin. De spectacle en spectacle, peu à peu, il se découvre, évoque sa femme, ses amis chez qui il s’invite à dîner (fameux sketch repris ici en clin d’œil), son père, son fils. On le retrouve ici en héros de film d’action, à la recherche d’une femme qu’il croit enlevée en sortant d’une librairie.

Après avoir évoqué son neveu benêt dans le précédent show, il nous présente son jeune fils qu’il menace de toutes sortes de scénarii horribles s’il ne finit pas sa purée. Une envolée satirique où, après la mort des parents, il imagine l’enfant penaud et esseulé à l’enterrement, chargé de mettre le caveau familial dans la fosse avec ses petits bras. Pour endormir son fils, Azimuth propose aussi sa version du petit chaperon rouge, à laquelle il préfère l’histoire de « la petit fourmi bleue, très intelligente, qui est en sixième et passe son bac ». Il évoque aussi, avec un humour et une sincérité sans pathos, la maladie d’Alzheimer de son père, déboussolé, un stylo et un téléphone à la main, entre messages reçus et à écrire. De façon un peu convenue, il imite sa femme hystérique cherchant une robe pour une soirée à laquelle il sera en retard, pris dans sa course poursuite avec le ravisseur supposé.

Si ce spectacle est particulièrement bien construit, peut être est-il un rien moins drôle que le précédent. Du début à la fin, le comédien tire un fil d’Ariane qui emboîte les digressions, à l’image de Jean-Jacques Vanier ou Thierry Samitier. Tout s’enchaîne comme naturellement, avec un art de la transition pourtant tiré par les cheveux. En interrogeant chaque mot, chaque temps, chaque mode, Azimuth ouvre le champ des possibles et suggère la difficulté à dire le monde tout en parvenant à le faire. Il dérive, divague, avance, d’hypothèse en hypothèse, pour pénétrer la moelle de la langue, son cœur même.

Au moment où ses jeux linguistiques pourraient nous le faire oublier, Azimuth nous rappelle qu’il est un excellent acteur, composant un homme ivre qui quitte en titubant l’appart de ses amis, parle à l’ascenseur et à la lumière, donne le tournis en dévalant les escaliers. Enfin, ni stand-up ni quatrième mur, le comédien sait parler au public, une vrai gageure pour un personnage. Ainsi, en étant parfaitement incarné sur scène, Azimuth ne verse jamais dans le registre cérébral où s’enferrent certains humoristes spécialistes du langage.

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