Bernard Mabille – Sur mesure


Malgré les apparences qui en font le héraut du style chansonnier à la française, Bernard Mabille est un stand-uper d’exception. Une blague ou une info par phrase, un rire toutes les dix secondes, une aisance sur scène et le don de parler au public… La réunion entre les Deux Ânes et l’esprit d’aujourd’hui, bref, les Grosses têtes audibles sans mal de crâne. Tailleur de costard depuis 1976, Bernard Mabille a été le parolier de Thierry Le Luron et le coauteur d’Anne Roumanoff chez Drucker.

Sans la jouer franchouillard de droite comme certains de ses collègues, il s’en prend aux flics, aux chanteurs, aux idiots qui tapent dans un ballon et à ceux qui les regardent : « des cons qui ont du bol soutenus par des cons qui n’en ont pas ». Ses cibles ne sont pas les jeunes à casquettes ou les femmes (sauf Éva Joly, dont le patronyme est menteur, forcément), mais tout ce qui lui semble con, les écolos à qui il recommande l’usage de sex toys en bois, les ampoules basse consommation qui nécessitent un chien d’aveugle, les centristes, la gauche, la droite… Difficile de se douter que Mabille va voter Mélenchon, comme il le révélait sur « ‘Arrêt sur Image » à l’été 2010, vue sa critique tous azimuts de la France, de ses grandes entreprises (Renault), de ses institutions, de ses fonctionnaires.

Mabille affiche un goût flaubertien pour l’onomastique, la science des noms dont il tire des lois presque lacaniennes (ah les grands mots) : « tu t’appelles Lang, tu lèches » ; « Montebourg (monte – bourre), c’est le programme de Strauss-Kahn ça ? », ou ce prénom, « Dominique », qui prédisposait au pire… Sans omettre la ville de Mitterrand, Jarnac, qu’il prend comme le mot d’ordre d’une vie. Son « tempérament strauss-khanien » s’éveille en Bretagne, lorsqu’il visite Pornic ou Morlaix, au risque de finir à Castres. Il s’autorise aussi quelques facilités courantes dans le stand-up, comme le recours fréquent à l’invention de sigles, à l’image de FMI, « fourreur de minous internationaux ». On préfère son goût des sentences ciselées sur des faits : « Carla Bruni a accouché à la clinique de la Muette par voie basse : ça fait deux pléonasmes ». L’ancien représentant de commerce engagé au Quotidien de Paris par Henri Chapier a gardé le goût de l’info juste, de celle qui fait mal aussi, à l’instar des 20 milliards d’anciens francs empochés par Balladur au moment des rétro-commissions des frégates de Taïwan, et que l’homme au triple-menton justifiait par la vente de T Shirts à son effigie – dont un exemplaire recouvre un mannequin sur scène. Oui, Mabille est tailleur : avec sa machine à coudre, c’est au propre, finalement, qu’il taille les costards d’Hollande ou Sarkozy, joignant le geste à la parole : taille éléphant pour Hollande avant son régime, taille enfant pour Sarko…

Dans cette succession de calembours, de mots d’esprit et d’infos piquantes, chaque phrase semble justifiée. En plus, une bonhomie naturelle anime ce chroniqueur qui s’adresse avec douceur et gentillesse aux spectateurs du premier rang, avant de dédicacer gracieusement ses affiches dans le hall du théâtre, à la fin. Comme un contrepoint à cette verve ironique et mordante façon Canard Enchaîné. « On n’est pas là pour dire du mal, mais quand même », répète-t-il à l’envi… Tailleur de costard, oui, c’est une profession.

Quelques punchlines savoureuses :
« Il est con ce Johny, il est persuadé que Périclès est l’inventeur de l’alcool de menthe ».
« Il est con ce Herbé Morin, avant qu’il ne se retire, ce sont ses parents qui auraient du se retirer».
« Finis les contrôles sauvages des flics. On ne tutoie plus l’étranger, on le vouvoie : « Mais d’où vous vient jeune-homme ce joli teint halé, l’horaire de votre avion va vous être adressé » » [alexandrin]
« Les fonctionnaires, c’est comme au mikado. C’est le premier qui a bougé qui a perdu ».
« Mitterrand : né à Jarnac, enterré à Jarnac, toute sa vie il n’a eu qu’une phrase : j’arnaque »


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