James Thierrée – Raoul

  • Mise en scène, scénographie et interprétation de James Thierrée. Costume, bestiaire de Victoria Thierrée. Musique électronique de Matthieu Chedid. Interventions scéniques de Medhi Duman. © Richard Haughton
  • Spectacle vu le 2 janvier 2012 à
  • Réserver sur Fnac

L’agitation est sensible au théâtre de la Ville dont la grande salle est pleine à craquer. Des gens attendent d’être placés. Le petit-fils de Chaplin, né en 1974, présente son 4e spectacle intitulé Raoul. Le nom de son double fantasmé est aussi le seul son qu’il articule durant 1h40. Sur scène est érigée une étrange construction de tiges métalliques plantées comme des bambous, perdue dans les voiles mouvantes. Lorsque James Thiérée fonce dedans, les tiges s’effondrent à quelques centimètres des spectateurs. Au fur et à mesure, cette maison-radeau abandonnée en mer s’étiole, jusqu’à s’effondrer et disparaître sous les eaux.

Les premiers mouvements de James Thierrée, assurés, précis, laissent paraître la force et la délicatesse d’un athlète à l’esthétique soignée, également danseur et clown. Il n’est pas tout à fait seul en scène. Son double au mimétisme troublant apparaît ça et là, animant d’étranges créatures marines créées par la mère de James, Victoria Thierrée (née Chaplin) : une crevette géante au son métallique ou une méduse à la robe évanescente et poétique.

On comprend le culte rendu à James Thierrée. L’homme sait tout faire. Danser, trébucher, voguer dans les airs, comme le Rocketeer, qu’il soit suspendu à un fil ou accroché par un bras articulé qui le fait voltiger. Il peut boiter, chuter comme son grand-père, dans la tradition du clown burlesque inadapté au monde, mais aussi jongler, se battre contre le vent et suggérer les états les plus divers… Dans un passage de comique gestuel très rythmé, il tente de lire sans trouver la bonne position, ses bras et jambes en perpétuel évitement. Il passe du moonwalk à l’automate hip-hop, tout en suggestions, imite le cheval, fait un accessoire de chaque élément du décor.

Toutes les techniques circassiennes, James Thierrée les a patiemment apprises au cirque Bonjour créé par ses parents, travaillant les « mécaniques serrurières » et les « ressorts » du corps et de l’esprit. C’est enveloppées de sa propre poésie qu’il nous les restitue, en s’emparant de l’attirail technologique du théâtre de la Ville : machineries, souffleries, voltiges, décor monumental. Il occupe si bien l’espace qu’il en oublierait presque de développer son personnage, Raoul. Mais on sort touchés par sa poésie et sa grande puissance d’évocation.

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