L’île des esclaves

Marivaux, par son classicisme, peut faire peur. Rien de tel, donc, pour s’initier à la clarté de son écriture psychologique, que cette courte pièce en un acte, où l’auteur réfléchit à la condition de maître et d’esclave. Pour évoquer la société de son époque (la pièce a été écrite en 1725), il met en scène des Athéniens du siècle de Périclès.

Lorsque les comédiens, du fond de la salle, arrivent sur scène, on entend les échos tribaux d’une musique d’Herbie Hancock, signifiant la peur de l’inconnu qu’éprouvent un maître et son valet, une dame et sa servante. Ici l’ordre social, comme au carnaval, est inversé, sauf que cet état ne dure pas une journée mais trois ans, afin de soigner l’esprit corrompu des maîtres.

Par la justesse de leur jeu, les cinq comédiens rendent encore plus accessible et contemporaine qu’elle ne l’est déjà cette réflexion de Marivaux sur les rapports sociaux. Des pneus pour s’asseoir, quelques cris au loin suffisent à planter un décor réduit à l’essentiel : les personnages seuls donnent la quinte-essence de ce texte aux nuances subtiles, qui, jusqu’au bout, maintient l’ambiguïté d’une possible rédemption. Car les maîtres guéris, raccommodés avec leurs esclaves dont ils sont devenus les égaux, tiendront-ils leurs engagements une fois regagnée la terre athénienne ?

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