La cantatrice chauve

Depuis plus de cinquante ans, La Cantatrice Chauve, monument absurde inspiré à Ionesco par la débilité des méthodes d’anglais, est jouée tous les soirs à la Huchette par des comédiens rodés et très âgés. La mise en scène conventionnelle et réaliste de Nicolas Bataille, approuvée par l’auteur, reste presque collée au texte qu’elle sert admirablement. Mais en ce moment, deux autres théâtres jouent simultanément la Cantatrice : le théâtre de Nesle, dans la mise en scène de Mo Varenne et Jack Gallon, et les Déchargeurs dans celle d’Arnaud Denis. Deux visions rafraîchies, tant au niveau de l’interprétation que des comédiens, et allongées d’un quart d’heure – l’accent y est mis davantage sur les silences. Chez Varenne et Gallon, l’absurde est appuyé et entretenu : les coup de l’horloge déréglée sont des onomatopées humaines et le délire logorrhéique de la fin prend des allures de rave frénétique. Mais c’est la mise en scène d’Arnaud Denis qui pousse le plus loin l’interprétation de l’œuvre en cherchant à « banaliser le délire » et en l’imprégnant d’une sexualité polarisée autour de la bonne SM, cravache à la main, et du pompier dragueur et charnel. En outre, les comédiens jouent le texte avec un phrasé qui lui confère une dimension vraiment contemporaine.

Spectacles vus les 22, 23 et 27 février 2004 à la Huchette (Paris 5e), au théâtre de Nesle (Paris 6e) et aux Déchargeurs (Paris 4e).

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