Phil Darwin – This is… Phil Darwin!

On reproche souvent au Jamel Comedy club de faire du stand-up communautaire. En allant voir Phil Darwin, on découvre un spectacle efficace et calibré, mais dont le comique fonctionne exclusivement sur l’exploitation de clichés. Alors oui, les clichés font rire et reposent souvent sur une base réelle, mais ça pose des questions. D’autant, par ailleurs, que le ton du show est très cosmopolite : Phil Darwin vient du Congo, habite à Paris et a vécu en Algérie. D’où une équation paradoxale, comme chez Patson : si les références du propos sont communautaires, l’humoriste s’adresse à chacun avec une telle bienveillance qu’on finit par l’oublier…

Phil Darwin débarque en saluant « les reunois, reubeus et reublancs », avant un premier constat : les Blancs arrivent en avance, les Noirs en retard, tandis les Arabes ne sont jamais sûrs de venir… Mais le public est mort de rire quand il imite la fille africaine invitée au resto qui fait des simagrées et des « tchips » (bruit de bouche méprisant) s’il faut partager l’addition. Le stand-uper évoque, comme Thomas N’Gijol, la fierté des noirs en France après l’élection d’Obama ; sa description des filles banches et noires fait penser à celle de Valéry N’Dongo, avec des engueulades de couple violentes en Afrique, aseptisées en France – un passage où Phil Darwin reprend la voix de bouffon popularisée par Gad Elmaleh en articulant un ridicule : «  oh, tu l’as vue celle-là ? »

Beaucoup de clichés donc, mais le comédien évoque aussi des choses précises qu’ils a réellement observées. De son expérience comme employé à l’enregistrement des bagages à Roissy, il tire des anecdotes surprenantes, comme celle de cette mama camerounaise qui invoque des versets de la Bible (Mathieu 7,7) pour que soit accepté son immense bagage. Quant au Maghreb, où un homme ne recule devant aucune métaphore ridicule pour séduire une femme, sa distinction entre Tunisie, Maroc et Algérie rappelle le show de Tata Khadija.

Phil Darwin passe du coq à l’âne, explique que Michael Jackson a trouvé la chorégraphie de Bad en traversant l’autoroute, parle de sa petite taille qui le complexe : quand une fille lui fait la bise, c’est comme une girafe qui boit au lac. Avec une énergie à la Patson et des gimicks hilarants toutes les dix secondes, il nous fait passer une très bonne soirée en maniant des clichés d’une façon certes un peu différente de Michel Leeb.

En première partie, on est diverti par les trouvailles de Tarik, animateur matinal de Beur FM, qui évoque l’état « semi dépressif religieux » de ses potes en boite de nuit, ou ces filles aux sourcils maquillés au feutre Velleda qui doivent aller à la salle de bain pour changer d’humeur, avant de confier sa découverte des toilettes turco-marocaines, à la façon de Rachid Badouri.

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