Augustin passe aux aveux, avec Dominique Touzé, d’après les Confessions de Saint-Augustin

Un spectacle racontant la conversion d’Augustin (354-430), jeune débauché qui deviendra Père de l’Eglise, à partir de la traduction de Frédéric Boyer qui l’avait dépoussiéré pour en faire notre contemporain ? On est impatient de faire cette découverte.

« Je crois donc je parle » : dès le début, la parole de celui qui se confesse résonne dans la crypte du théâtre des Déchargeurs, à travers la voix de Dominique Touzé à l’élocution un peu hachée mais claire, accompagné d’un violoncelliste qui prend la parole de façon sporadique, Guillaume Bongiraud. « Stérile semence », « dépravation humaine », « concupiscence charnelle », « transgression des interdits » : les mots ne sont pas assez forts pour (con)damner la chair dans les premiers livres des Confessions.

C’est l’histoire progressive d’une conversion, celle d’un jeune berbère né dans l’Empire romain, premier au cours d’éloquence à Carthage (actuelle Tunis) qui lit Cicéron, se convertit au manichéisme, devient professeur de rhétorique et veut rejoindre le cœur de l’empire, Rome. En une heure dix, ce spectacle narre une pensée en évolution, marquée d’étapes successives : le refus de Dieu, les doutes, une accession progressive à la foi, jusqu’à une révélation. Périodiquement le jeune violoncelliste entame avec talent des airs arabo-andalous, gratte les cordes de son instrument électro-acoustique, sans qu’on comprenne bien l’utilité de sa présence. « L’acteur est soutenu par le musicien comme Augustin par Dieu », il est donc une « métaphore de Dieu », explique le dossier de presse, ce qui, vu le manque de charisme du violoncelliste, semble assez peu crédible.

On est parfois pris par ce texte d’une modernité saisissante, dont la première partie conte avec force détails la débauche de l’étudiant carthaginois, avant qu’il n’aille à Rome puis à Milan où il fait la rencontre du prédicateur Ambroise qui lui laisse entrevoir que son scepticisme manichéen est peut-être une voie incertaine. Mais il arrive un moment où le comédien s’autorise une digression triviale et malheureuse, en invoquant Pascal son « compatriote », originaire, comme lui, de Clermont-Ferrand… Alternant les registres grandiloquent et familier, Dominique Touzé lit son texte sur un cahier, debout sur une estrade qui grince, autant d’entraves à la conversion du public à son art oratoire.

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