Germain – seul en scène sur la poésie

Jean-Baptiste Germain – qui se fait aujourd’hui appeler Germain – a le goût de la poésie. Malgré un air de jouvenceau, il a déjà 36 ans, deux enfants, une expérience de la scène et beaucoup de vers à l’esprit. Dans ce premier seul-en-scène ambitieux, découvert à l’occasion d’un showcase au théâtre Lepic (ex-Ciné 13 théâtre), il fait partager au public son rapport intime à la poésie, sans doute le meilleur moyen de donner envie d’en lire. Loin de la stylistique et des analyses scolaires rébarbatives, il tend la main aux spectateurs pour faire entendre les grands vers de la façon la plus simple et didactique possible. Germain a un goût prononcé pour Hugo, Baudelaire, Rimbaud et ne cache pas son amour pour Éluard, qui sait épouser sa mélancolie avec une intimité qui lui laisse le sentiment d’être enfin compris.

Ça commence par ce souvenir d’école primaire, marqué par cette institutrice sadique qui le dégoûte de la poésie en prenant plaisir à le voir échouer à réciter « Le cancre » de Jacques Prévert, et ça se dénoue sur une récitation de sa propre composition, influencée par Grand Corps Malade et Rostand. Entre les deux, Germain déroule le cheminement de son amour retrouvé pour la poésie, nombreuses citations de Victor-Hugo à l’appui : « Mon père ce héros aussi rire si doux », « Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne ». Cette flamme se ravive à l’occasion d’un trajet en métro, quand il tombe nez à nez sur une phrase d’Hugo qui l’émeut. Alors son voisin de strapontin lui adresse cette réplique mystérieuse : « lisez de la poésie et vous serez comme un eunuque dans un harem », titre de la précédente version de ce spectacle.

Le comédien a l’élocution précise et la bonne humeur rafraîchissante. Chose incroyable, il arrive à faire rire avec la poésie – usant parfois d’analogies un peu faciles prenant pourcibles Marc Lévy, BHL, ou Jean-Luc Lahaye. A l’inverse, il parvient à accrocher l’attention du public en récitant ce sublime passage de Rilke, « pour écrire un seul vers », déjà immortalisé par Laurent Terzieff. Ouvert d’esprit, il associe Eluard : « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur » et Joey Starr : « le long de tes hanches, je coule ». Mais il ne goûte pas les punchlines de Seth Gueko qui donne tout dès le premier couplet et n’a ensuite, selon lui, plus rien à dire.

Certes, Germain s’en prend avec un brin de mauvaise foi à Paul Valéry, qui exposait dans une phrase pourtant puissante et simple l’incompréhension suscitée par la poésie : « La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition la poésie.» Mais une chose est sûre : c’est un passeur, un de ces ambassadeurs dont la poésie a besoin.

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