Lauréline Kuntz est l’une des premières slameuses à s’être lancée dans la conception d’un show spécifiquement théâtral. Une gageure, car jouer la comédie et déclamer des mots pseudo poétiques sont deux choses différentes. De ce passage périlleux, Lauréline Kuntz ne se sort pas mal.
La slameuse commence fort, en donnant le meilleur de son bégaiement dans un discours poético-humoristique sur son statut de clown-poétesse, dans un paysage de stand-upers de boulevard, mais l’élocution, très articulée, rappelle le débit artificiel de certains slameurs... Entre des sketchs pur et durs, comme celui de la grand-mère alsacienne à l’humour noir et cinglant, et des slams comme le récit plein d’autodérision de son atelier en banlieue, Lauréline Kuntz navigue entre deux eaux. Le textes, plus ou moins incarnés, sont toujours mis en avant : qu’il s’agisse des vers pseudo lyriques de la fille robotisée à force de chirurgie esthétique, du monologue du trader, du petit lascar, ou de la starlette méprisante, déjà fait par Florence Foresti dans son premier spectacle.
Quoi qu’il en soit, Lauréline Kuntz a une plume originale, singulière, qu’on reconnaît à ces à-peu-près filés avec aisance (« je signe des orthographes à langueur de journée »). Si Michel Jacon, le sosie franchouillard de Michael Jackson nous amuse, l’attention retombe avec ce slam en musique sur "la fille du port" qui rappelle les textes démago de Grand Corps Malade, où transparaît trop clairement la volonté d’impressionner par les mots. On note enfin un problème de mise en scène, sans doute passager, avec un spot lumineux qui aveugle les spectateurs tout au long du show.
Par rapport à Dixlesic, l’artiste a fait du chemin, en rendant son propos plus fluide, moins technique, disséminant ses prouesses sonores ça et là dans les sketchs. Mais le passage à la scène n’est, semble-t-il, pas encore achevé. Pour ce faire, sans doute faudrait-il que Lauréline Kuntz incarne davantage ses textes, tout en mettant en valeur la satire et l’autodérision qui semblent lui réussir.
Spectacle d’improvisation ou d’expression libre,
du match d’impro à la performance poétique.
50. Impro/Slam
Laureline Kuntz - Miss Crise
De et avec Laureline Kuntz. Mise en scène Virginie Berthier.
Spectacle vu le 13 mai 2011 au théâtre Le Point-Virgule (Paris 4e)
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