Fabula buffa, avec Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini

 

Buffo, en italien, signifie ridicule, grotesque. Cette Fabula buffa adapte le Mistero buffo de Dario Fo renvoyant lui-même au mystère bouffe, genre théâtral du Moyen Age mélangeant réalisme et surnaturel. Soit un duo de comédiens polyglottes et énergiques, Fabio Gorgolini et Ciro Cesarano, un grand fin et un gros rigolo, ou encore le clown blanc et l’auguste. A l’origine, Dario Fo jouait seul cette « jonglerie populaire » dans laquelle il incluait beaucoup d’improvisation et de jeu sur les langues, avec en particulier ce patois phonétique, le gromelot, qui parodie les dialectes du Pô. Épaulés à la mise en scène par le maître de la commedia dell’arte, Carlo Boso, les comédiens s’emparent de cette histoire avec les artifices du genre : scènes sur des tréteaux, guenilles, guitare et gros yeux en plastique.

Deux jongleurs mendiants, un aveugle et un estropié, sont spectateurs, par hasard et d’assez loin, de la crucifixion du Christ. Mais alors qu’ils ne cherchent pas à être guéris de leurs maux qui leur rapportent quelques pièces, miracle, le pouvoir de Jésus leur rend la vue et les jambes. Malheur, ils vont devoir travailler, un projet d’autant moins réalisable que ce mot leur est imprononçable ! Acrobaties, lazzis, jeu énergique et synchronisé : tous les ingrédients d’une bonne commedia dell’arte sont réunis.

Dans des passages narratifs un peu longs, les comédiens racontent l’histoire du Christ ou le dévoiement de la chrétienté à des fins déshonorantes et sanglantes. Quelques descriptions aussi s’étirent, comme ce passage culinaire avec poêle frissonnante et chaudron en ébullition. Malgré ces longueurs et une forme traditionnelle, ces acteurs qui mélangent langues et registres déploient une telle énergie qu’ils emportent la partie en une heure dix bien remplie. Dans les moments improvisés ou délirants, lorsqu’ils sortent des sentiers de la narration, qu’ils s’interpellent ou hèlent le public, le spectacle décolle vraiment. Mystère, jonglerie, buffa  : cette tradition est bien vivante grâce à la compagnie Teatro Picaro.

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