Fantazio – histoire intime d’Elephant Man

Fantazio est une figure de la scène poético-musico-théâtrale, un OMNI (objet musical non identifié), un être à la trogne singulière et au corps presqu’entièrement tatoué. Mais c’est vêtu d’un costume sobre, assis à une table recouverte de papiers qu’on le découvre aux Métallos, sage, posé, silencieux d’abord, avant d’entamer une logorrhée existentielle qui rappelle les monologues de Pierre Meunier qui l’a conseillé à la création de ce spectacle. Sans sa contrebasse, il divague sur ses intuitions oniriques, sa perception d’un monde fragmenté, toute cette réflexion s’organisant, comme dans la création collective de Meunier, Pauvros et Pennequin vue au rond-Point, autour de l’idée du trou. Un grand trou noir l’aurait englouti à l’âge de dix ans, lit-on dans le dossier de présentation. A première vue, donc, il n’est pas question d’Elephant Man dans ce spectacle qui en porte le nom, mais davantage de plis et de gouffre, et d’une impression générale de morcellement – de soi, du temps, de l’univers alentour.

Le jeu de Fantazio est d’abord mesuré, posé, sa voix semble hésitante mais le flot est maîtrisé. Lorsqu’il se lève, Fantazio élève le ton, module son timbre et toutes sortes de voix l’animent : voix anciennes, désuètes, marrantes, étouffées. Alors les mots se bousculent au portillon de sa bouche, comme lorsqu’il cherche à dire quelque chose d’intéressant dans une soirée en ville. Bien sûr, tout ça recouvre une réflexion sur le langage : il épelle des mots, les répète en forme de mantras en incitant le public à l’imiter, analyse les expressions « à Paris » et « sur Paris ». Mais c’est aussi philosophique, lorsqu’il réfléchit au passé, au présent et au futur, en se demandant à quoi ça sert de « préparer un événement » quand on peut tout faire tout de suite (voir la vidéo).

Plusieurs personnes cohabitent en Fantazio, plusieurs langues aussi, le français, l’anglais ou l’italien. Ainsi ça part dans tous les sens, le seul fil rouge demeurant son monologue intérieur. Bref, c’est tantôt drôle, tantôt abstrait – et alors difficilement appréhensible pour un public peu familier de la poésie actuelle. Mais, à coup sûr, cette performance vaut le détour.

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