Monsieur Fraize, avec Marc Fraize

Il a beau avoir quinze ans de métier, Monsieur Fraize s’est fait connaître en 2011 dans l’émission de Ruquier. Quinze ans de travail, il insiste là-dessus avec malice, puisqu’à première vue, sans parole ou en répétant toujours les mêmes sons, on pourrait croire qu’il n’a pas bossé autant que ces stand-upers qui tchatchent sans discontinuer. Lui attend, ne dit rien, fait silence, et lorsqu’il veut déclencher l’hilarité, c’est sans un mot, avec un sourire complice en guise de remerciement pour chaque rire qui surgit dans la salle… Bien sûr qu’il faut bosser pour se présenter silencieusement sur scène, en mettant en avant ses maladresses avec une assurance paradoxale.

Monsieur Fraize est une tête à claques, il a toujours son polo rouge, son fute qu’il remonte un peu trop haut et un visage ahuri qui fait effet à coup sûr, où se modèlent toutes sortes d’expressions. Au début il attend son technicien son et lumière. Michel, il répète ce prénom vingt fois, trente fois, jusqu’à nous rendre fous, sur tous les tons possibles, pour qu’enfin, peut-être, quelque chose se passe… Mais non, Michel est parti. Va-t-il revenir ? Monsieur Fraize trouve de nouvelles intonations en feignant d’avoir un interlocuteur au téléphone. Le voilà qui perd à nouveau la voix, et on le suit dans un passage entièrement mutique aux seuls mouvements de ses lèvres, une prouesse.

Lorsqu’il lui arrive de dire un ou deux mots, M. Fraize nous relate les conseils qu’on lui a donnés pour réussir un bon spectacle : mettre le paquet au début et insister sur le rythme. Oui, le rythme. Il y a du Coluche là-dedans, et on sent l’inspiration qu’a pu avoir sur le comédien « l’histoire d’un mec ». Car tout son spectacle repose, au fond, sur du rien…

En filigrane, c’est une société où l’on consomme du rire comme des produits qui est visée. Le comédien se tient toujours à la lisère de l’insupportable, du chiant, de la provocation, en tenant bon sur ses positions, un humour exigeant fondé sur l’autodérision… Cinq minutes, vingt minutes, une heure : ça fonctionne. Alors oui, forcément, il arrive qu’on s’emmerde, mais Monsieur Fraize parvient à rester en équilibre sur sa ligne invisible, très loin des sentiers battus.

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