Ubu roi d’Alfred Jarry mis en scène par Franck Berthier

Merdre ! L’expression qui ouvre Ubu roi, texte d’avant-garde annonçant les mouvements dada et pataphysique, est presque entrée dans l’usage. Ecrite à 15 ans par le lycéen Jarry inspiré par son grotesque prof de physique, cette courte pièce qui parodie la tragédie grecque et shakespearienne raconte l’accession au trône de Pologne d’un officier traître et ridicule.

Au début, on a un peu de mal à s’habituer au style fin-de-siècle de cette version où les personnages, caricaturaux à souhait, hurlent à tout va sans qu’on saisisse bien leur propos. Car en créant un joyeux foutoir à l’esprit décalé, décadent, l’adaptation de Franck Berthier donne l’impression anachronique d’assister à une création de la Belle Époque. On apprécie davantage les moments où cette mise en scène devient plus audacieuse, plus contemporaine, comme lors de la réunion avec « M. le conseiller » où Ubu, prenant les pleins pouvoirs, supprime les nobles, les magistrats et qu’il prend le micro pour interpeller le public : « elle est pas belle, ma femme ? » On entend alors la résonance avec un certain couple présidentiel…

Malgré quelques longueurs, notamment pendant l’errance des sorcières d’Hamlet « sorties des folies bergères », on passe de bons moments en découvrant cette adaptation fidèle à la définition littéraire du burlesque, qui consiste à représenter des personnages honorables sous des traits disgracieux.

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