Batman contre Robespierre, par le Grand Colossal Théâtre

Le titre intrigue, accroche ou détourne, bien qu’il ne dise pas grand’chose du spectacle, sauf à suivre l’explication de l’auteur Alexandre Markoff pour qui ce sont deux visions de la vie qui s’affrontent, l’une ultra libérale et l’autre égalitaire. On pourrait dire encore que c’est l’histoire de Job revisitée, celle de Jean-Claude Barbès, un homme qui perd tout ce qu’il a – ses gosses, sa femme, son job, comme Disiz la Peste – et pourtant n’a jamais rien fait de mal. Oui, mais lui oppose-t-on : « vous croyez qu’il suffit de ne pas faire le mal pour bien faire ? »

Le Grand Colossal Théâtre mène une des expériences théâtrales les plus intéressantes du moment. En particulier, le récit dramatique est ici imprégné de narration romanesque et de suspens propre aux séries. Durant 1h10, quatre personnages sur la scène nue, sans costume, prennent la parole pour jouer l’histoire et pour la raconter. Oui, chaque comédien est à la fois narrateur et acteur. Le même principe était à l’oeuvre dans la Chienlit, une fresque sociale en cinq épisodes rassemblant une quinzaine d’acteurs au théâtre 13, la saison dernière.

Comme dans la Chienlit, on retrouve certaines marottes de l’auteur : parodies de thérapies de groupe offrant des jeux de scène et des prises de paroles ridicules, langue de bois du maire qui axe sa campagne sur « l’avenir et le rassemblement », « tire la sonnette d’alarme » et se transforme en Lapinou pour complaire à ses électeurs. Sans oublier un comique de répétition toujours efficace parce qu’employé à bon escient.

Ce théâtre tout terrain peut être joué partout, dans la rue ou dans les salles. Après avoir vu Batman contre Robespierre dans une cour d’école noire de monde au festival d’Aurillac, on redécouvre la pièce dans un espace plus confiné, aux Déchargeurs, sans que le spectacle ne perde en puissance.

L’énergie de la troupe et les astuces de mise en scène créent un spectacle à flux tendu, vif, drôle, rythmé et surtout très contemporain.

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