Bruno Coppens – Le Fond de l’ère effraie

Bruno Coppens a le profil type de l’humoriste belge. Habité d’une passion dévorante et modeste pour le jeu de mots, il respire une ingénuité tellement forte – et tellement éloignée d’un cynisme parisien souvent de mise dans le stand-up – qu’il semble parfois s’adresser à un public d’enfants. Esseulé, il fête ses cinquante ans dans un café vide, avec la seule compagnie d’un barman qui joue du piano pour soigner sa tristesse. La scénographie et le style sont propres, traditionnels, presque datés, bien que le comédien commence par faire allusion au smartphone dont il ne comprend pas l’usage, de même que lui échappent les codes de l’époque et le langage de ses enfants. Quand il parle à son fils du Cid de Corneille, celui-ci comprend le site (internet) du chanteur Corneille. Quand à Picasso, évidemment, c’est une voiture ! Le ton est lancé qui demeure le même durant une heure vingt : une enfilade de jeux de mots plus ou moins convenus, un ton artificiel et sans accroc, et Bruno Coppens qui raconte au barman sa phobie d’avoir cinquante ans à minuit et cette horrible sensation de « décollage horreur ». Une jeunette lui ayant dit : « Ma mère aime beaucoup ce que vous faîtes », il a « le moral dans les chaussettes ».

Certains jeux de mots ne sont-ils pas de trop ? Sa femme le traite d’ « enfant de la plage », comprendre « son of a bitch », à peu de chose près le calembour de Denis Maréchal s’étonnant, avec une ingénuité cette fois parodique, que les rappeurs répètent « chaussette plage, chaussette plage » (« suck bitch, suck bitch »). Un autre exemple ? « Aujourd’hui on ne dit pas prématuré mais bébé cacao car il naissent quick » ! Parfois c’est un peu mieux senti, comme « un homme qui s’épile s’efface » et le texte culmine lors d’un émouvant hommage à Devos, Belge comme lui, dont il revendique la paternité.

Car en effet, Bruno Coppens, expert en mots, joue dans la même catégorie que le slameur mal connu « >Victor Zarka, les humoristes Gauthier Fourcade et
[Vincent
Roca->http://www.criticomique.com/Vincent-Roca-Vite-rien-ne-presse.html], avec lequel il partage cette angoisse de la fuite du temps, filant les équivoques sur les thèmes du vieillissement, des maladies, de la médecine. Tout comme Roca, d’ailleurs, Coppens entonne quelques chansons : « Roméo et Gillette », « Les goût des petits plats c’est sûr je l’ai » qui déplore un embonpoint pourtant imaginaire, « J’suis quinqua, je suis vénère, je suis quinquagénaire », ou celle qui clôt la représentation sur un élan sincère : « C’est de l’amour que je vous voue et cela nous noue, voyez-vous plus que tout » !

En bonus, l’humoriste entame un « Allo – Ici », petit jeu d’impro qui évoque le Qui est là ? et rappelle le goût du calembour de ses compatriotes. A l’aise, sans hésiter, il répond « Ici-este » au public qui lui propose « Allo-rore »…


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