Comparution immédiate, une justice sociale ? de Dominique Simonnot

Dominique Simonnot n’est pas une journaliste ordinaire. Elle a été éducatrice dans l’administration pénitentiaire avant de devenir la chroniqueuse judiciaire qu’on connaît pour avoir donné ses lettres de noblesse au genre : d’abord à Libération où elle tenait entre 1996 et 2006 ses « Carnets de Justice », puis au Canard Enchaîné où elle écrit ses « Coups de barres ». Pureté du style et choix des détails qui font mouche, elle dévoile les aspects les plus saillants de ces scènes de prétoire et rend compte avec un sens presque théâtral, comique parfois, des rouages d’une justice expéditive. Car c’est aux comparutions immédiates des tribunaux correctionnels qu’est consacré ce spectacle, mis en scène par Michel Didym et joué au cordeau par un Bruno Ricci à la diction parfaitement tenue.

S’il ne s’agit pas là d’un matériau à priori théâtral, le passage à la scène est parfaitement réussi. La scénographie est froide et imposante comme les tribunaux qu’elle représente, autel de béton soutenu par des barreaux, panneaux réfléchissants laissant imaginer un bâtiment stalinien, comme cette « salle austère » et ce « bloc de béton qui sert de table aux juges », dixit Dominique Simonnot. Le président du tribunal joue de son marteau qui résonne, sentence sans appel, expéditive. Il dit les mots de la chroniqueuse avec le ton juste, adoptant chaque fois une mimique adéquate pour signifier l’agacement du président, la hargne du procureur, la colère d’un avocat, l’abattement, l’indignation ou la folie d’un prévenu…

Au fond, c’est toute la justice actuelle qui défile sous nos yeux, en une heure et quart d’un spectacle parfaitement joué et mis en scène, sans un mot de trop, une justice dont le fonctionnement expéditif et parfois approximatif fait froid dans le dos. C’est aussi une image de la France qui souffre depuis l’enfance. Le texte de la journaliste est agrémenté de lettres écrites par des détenus des prisons de Toul et de Toulon, comme un formalisme oulipien dans le choix de ces toponymes, pour mettre en forme une souffrance humaine prête à exploser.

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