Gaspard Proust – Nouveau spectacle à la Comédie des Champs-Elysées

Dix ans après avoir joué son premier spectacle au studio des Champs-Élysées (230 places), installé dans les combles du théâtre, voici à nouveau Gaspard Proust, cette fois dans la salle à l’italienne de la Comédie (600 places), en attendant peut-être un jour une consécration dans la grande salle (1 900 places) réservée aux pièces musicales. Il semble si attaché aux lieux qu’il reste derrière les rideaux durant les dix premières minutes, laissant son public interdit en corbeille ou au balcon, occupé à décrypter la signification occulte des rais de lumière pourpre – qu’analyseront, dit-il, les lecteurs de Libé versés dans l’onanisme intellectuel. Oui, Gaspard Proust entame sans attendre sa typologie sociale, avant de proposer plus loin une analyse  comparée du mode de vies des bobos du 11e et de celui des grands bourgeois du 16e.

Quand le comédien finit par arriver sur scène, on le découvre moulé dans un Lederhose, cette traditionnelle culotte courte bavaroise portée dans les Alpes suisses, autrichiennes ou slovènes. Seule allusion à la Slovénie, son pays d’origine, la mention de ce village d’où viennent à la fois la femme de Donald Trump et sa mère moche et plate (« petit, j’avais l’impression de téter Fogiel »). Voici un comédien plus à l’aise qu’il y a 10 ans, affectant toujours un jeu nonchalant, minimal, qui souligne d’autant mieux ses mimiques d’ébahissement narquois lorsqu’il envoie une pique à Anne Hidalgo ou à Line Renaud. Le texte est plus enlevé, aussi, que dans Gaspard Proust tapine. En 1h25 sans répit ni temps mort, il déroule sa partition d’un débit très vif, percutant, jusqu’à un final sobre et sans rappel.

A l’heure où l’on se prévaut du politiquement incorrect, Gaspard Proust, un cran au-dessus, tire dans tous les sens. Avec quelques cibles favorites comme les terroristes, les féministes, la bien-pensance, ou cette droite mesquine dont les couples restent mariés toute leur vie en vertu de seuls motifs financiers (il faut liquider la SCI, payer les avocats, etc.). S’il verse parfois dans le même registre que certains de ses collègues (allusions au petit Gregory), sa vision le singularise quand il donne sa version des trois monothéismes ou met en doute la pertinence des spécialistes autoproclamés du Coran. Comment se fait-il que des mecs sortant de prison se fassent exégètes du Coran quand la Bible où l’Ancien Testament nécessitent des années d’études ?

Proust sème son propos de références qu’il amène parfois si vite qu’une partie du public passe à côté. S’il cite Anne Roumanoff ou Lilian Thuram, il suggère là ou d’autres appuient. Souvent comparé à Desproges, Proust part dans des quelques envolées lyriques et emphatiques sur la transcendance de l’être humain qui rompent avec son côté terre-à-terre, après avoir proposé la peine de mort aux utilisateurs de perches à selfie et prédit que la masturbation serait bientôt condamnée comme du viol en wifi.

Faisant allusion aux attentats du 13 novembre, il propose de faire passer la comédie des Champs-Élysées pour une salle de prière, prenant les juifs comme monnaie d’échange au cas où ça tournerait mal. Bref, s’il joue au mec raciste, antisémite, misogyne, transphobe ou hostile aux minorités « intersectionnelles », c’est aussi pour prouver qu’on a encore le droit de dire ce qu’on veut sur scène, contrairement à une idée reçue. Dont acte.

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