Doris Darling de Ben Elton, avec Marianne Sergent

Après son spectacle sur la Commune, Marianne Sergent s’illustre dans un tout autre registre et troque les godillots pour le strass. Dans cette comédie nerveuse et actuelle de Ben Elton, elle incarne Doris Wallis, une chroniqueuse people aux 6,5 millions de spectateurs qui fait profession d’esquinter, d’étriller, de transpercer ses cibles à coup de piques vénéneuses. Point de message politique ici, mais une avalanche de répliques et d’insultes bien tournées, de mots d’esprits humiliants adressés souvent à des actrices en vue. « Plus le monde va mal et mieux je me porte », déclare celle qui se rend à un procès où elle humilie une seconde fois une comédienne issue de la Royal Shakespeare Company. La Royal Shakespeare ? Une institution sans public… Vu que 90 % des gens ne vont pas au théâtre, il en reste 9% qui consomment du boulevard avec une bassine de frites, le dernier 1% se partageant entre des collégiens ivres et des nantis sur invitation, résume Doris !

Cette merveilleuse salope, odieuse et cynique, ne pense qu’à elle. Lorsque son innocente et fragile secrétaire lui demande si elle n’éprouve jamais de pitié, elle répond : « évidemment, je suis journaliste ». Son statut de star de la télé, elle s’est battue pour l’obtenir, avec des débuts aux chiens écrasés, à se lever à 5 heures pour attendre dans le froid des politiques de seconde zone ou à écouter des directeurs de théâtre jargonner dans le vide… Mais aujourd’hui qu’elle s’offre les tenues les plus extravagantes et traîne à son bras un jeune coq latino surcoké, la voilà courtisée par un Allemand qui lui propose une émission d’envergue européenne !

Après un renversement digne de guignol, efficace et jouissif pour le spectateur, tout le monde en aura pris pour son grade, les comédiens imbus d’eux mêmes et pas toujours futés, et surtout ces journalistes sans vergogne qui détruisent des carrières, légitimés par des lecteurs avides de révélations et de déboulonnages de stars. Marianne Sergent est éclatante dans ce rôle de femme ordurière et sans pitié, de même que dans leurs partitions les comédiens qui l’entourent.

Beaucoup d’humour anglais, une virulence et une ironie extrêmes, ainsi, peut-être, qu’une critique de la trash TV à travers ce personnage qui rappelle la « sorcière rousse » de l’empire Murdoch, Rebekah Brooks, qui tenait les hommes politiques par des écoutes téléphoniques. Les décors, minimalistes, sont des images projetées sur des murs vierges. Les lumières flashent, les sons vibrent, la mise en scène claque, un peu façon télé. Une pièce actuelle, vivante et punchy qui explose comme un kir royal dans une soirée people.

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