Marc Voisin – N’insultons pas les loups

Le titre, surprenant pour un one-man-show, est à l’image du spectacle : littéraire et référencé – c’est une allusion à la phrase de Hobbes, « A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme ». Marc Voisin est un comédien confirmé qui se méfie du jargon managérial et se plaît à lire Balzac sur scène : à vingt ans, pour séduire une fille, il citait tel passage de Splendeurs et misère des courtisanes, où l’auteur dépeint les yeux d’Esther : « L’excessive tendresse de son regard pouvait seule en adoucir l’éclat. Il n’y a que les races venues des déserts qui possèdent dans l’œil le pouvoir de la fascination sur tous, car une femme fascine toujours quelqu’un. Leurs yeux retiennent sans doute quelque chose de l’infini qu’ils ont contemplé. »

Le comédien surgit très à l’aise sur la scène de cette péniche amarrée face à Notre Dame, avec une élocution facile et appuyée qui va devenir de plus en plus naturelle. Il installe d’emblée un jeu avec le public transformé en employés de la Comatech, une boite pharmaceutique en séminaire à Vesoul. « Lance ton désir », intime-t-il à tel spectateur auquel il tend une balle imaginaire, avant une suite d’interpellations très bien senties. « Ici on fait pas du social, on fait du médicament ».

Passé par la Comédie française et solidement cultivé, Marc Voisin a gardé son âme d’enfant, son côté artiste : alors que les adultes, toujours « assis », se contiennent physiquement, les enfants sont toujours en mouvement – les ados, eux, on perdu les consonnes et s’expriment par râles… Il joue sur les mots, notamment dans un passage sur les mines antipersonnel (de maison ?), revisite la genèse, évoque un amour de vacances par métaphores sexuelles et dresse un génial portrait du beauf franchouillard en goguette, main sur le caméscope, qui filme au lieu de voir et « fait » les pays qu’il visite, dressant la check list de tout ce qu’il faut « faire » : « ça c’est fait », « ça c’est fait », « ça c’est fait » !

L’acteur se donne à fond pendant plus d’une heure, passant du registre le plus soutenu au style le plus direct, jusqu’à traiter une spectatrice de « salope » sans lui manquer de respect pour illustrer l’usage des mots crus pendant l’acte. Son assurance, sa culture et son expérience lui permettent de faire absolument ce qu’il lui plaît sur scène, en levant toutes les barrières.

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