Michelle Grenier, Chat noir

    Quand les bourgeois dorment ronflant
    Sous leurs pilous ventripotents,
    Que les sans dents cuvent leur fut,
    Sur les toits pointus je vais, pattes drues
    Je suis le chat noir qui rôde.
    Aucune étoile sous la nue
    Ne m’a souhaité bienvenue,
    Aucun roi mage, pas de cadeaux
    Aucune crèche ni flutiaux.
    Nom d’un chien le vent gémit
    On veut ma peau plus noire que suie. ..
    Sous la grand’ lune qui éclaire tout
    Morbleu%! J’ fais les quatre cent coups.
    Il faut me voir, poil qui rebiffe
    Taguer à cent coups de griffes%:
    «%Ni Dieu ni maître ni croquette.%»
    Quand la faim me poursuit, crac%!
    Sur le marché, sans loi, sans trac
    Je chaparde, j’escamote,
    Et cric et croque et craque
    Deux trois sardines dans l’estomac
    Un festin de monarque%!
    Minuit, sur les toits en zinc,
    Une rouquine me fait du gringue
    Une féline dont je suis dingue,
    Sous les ombres elle, elle me grise,
    Ses yeux verts, verts m’hypnotisent…
    Moi, le chat noir, Raminagrobis,
    Pour l’avoir léchée, une fois rien qu’une,
    Tel un damné j’erre sous la lune.
    Pour lui plaire, sur les toits en zinc
    Je danse la java comme un dingue
    Et sur des rythmes fous, allègres
    Sur mon poil court le frisson nègre.

    * * *

    Ce texte fait partie des 29 poèmes reçus mercredi 25 mars 2020, lors de la première scène confinée du Chat Noir. Retrouvez les autres dans le compte-rendu de cette restitution virtuelle.

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