Tom Novembre – Le récital

Il y a douze ans, au Grand Mezze, Tom Novembre s’était lancé dans une performance géniale et peut-être prémonitoire en lisant d’une voix belliqueuse la notice de son kärcher. Artiste inclassable, frère cadet de Charles-Elie Courue et compagnon de route artistique de Ged Marlon qui signe la mise en scène, il navigue depuis plus de trente ans aux confins de la chanson, du one-man-show, du théâtre et de la télévision. Ce nouveau seul en scène musical présente une galerie de personnages qui gravitent autour de se son rôle autoparodique de chanteur sur le retour préparant sa performance dans une salle de province. Autour de lui, donc, son agent un peu amer, un videur obtus et cogneur, un collectionneur d’autographes idiot et un journaliste de seconde zone, approximatif et amateur, qui parle de sa passion pour le bouzouki en ignorant tout de l’artiste.

Voix grave hésitante, yeux globuleux, longue silhouette qui s’arrondit un peu avec l’age, Tom Novembre a une présence scénique, c’est incontestable. Sa diction lente mais fluide nous emmène et nous enrobe comme un python sa proie. Il gratte sa guitare folk électro-acoustique de riffs bien rythmés en chantant d’un organe grave des textes marrants, décalés, gentils sur le temps qui passe, la notoriété ou les injonctions sociales. Il joue aussi de l’omnichord avec un certain doigté.

Si Tom Novembre installe au début une atmosphère singulière et un peu envoûtante, au fil du spectacle on a tendance à se détacher du comédien, sa voix nonchalante se retrouvant d’un personnage à l’autre qu’il compose en modifiant un peu sa diction. Certains caractères sont figés ou caricaturaux, comme ce fan collectionneur d’autographes qui ne cesse de se tordre le ventre parce qu’il a été molesté par le portier et fait la liste de ces stars qui ont changé de patronyme. Il y a là comme un effort pour faire rire qui échoue un peu. Heureusement, ces clichés sont enveloppés d’une aura poétique et décalée qu’on doit aussi à Ged Marlon, ce qui donne un spectacle alangui et lunaire, aux antipodes d’une tendance stand-up qui mitraille l’auditoire d’une vanne toutes les dix secondes. A la fin, donc, il reste une présence et une voix, bref, un univers.

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