Yves-marie Rollin, L’Orage

    Descendant à la nage l’escalier de l’orage
    je glissais mon ticket périmé de bonheur
    dans la fente usagée d’un nuage boudeur.
    Le soleil remuait la chaleur de la lave
    Circulant dans mes veines et calcinant mon coeur.
    Une machine roulante me prit alors en otage
    Rejetant, hoquetante, tel un monstre bavard
    les énergies broyées par l’usure méthodique
    D’un quotidien suçant la moelle substantifique
    Avalant la beauté tout autant que l’espoir.

    Et malgré la tempête
    je reste debout
    et tiens droite ma tête
    Au langage des coups

    Je nageais comme je pu aspiré par le ciel
    qui soudain souriait, comme on le voit parfois
    sur les sourires figés de déesses de miel
    Dans les salles d’attentes aux magazines froissés
    ou s’échouent les photos de princes ou de rois
    de princesses enfin bref de rêves fabriqués

    L’orage bouillonnant s’étant un peu calmé,
    en marchant à l’envers je crus voir le passé,
    alors je m’allongeais pour glisser sur la pente
    d’un voyage sans escales vers l’origine du rêve.

    Un tunnel voyageur traversa la lumière
    une voix de crapaud annonça le silence
    Un train s’arrêta se déclarant en grève
    Une nature sauvage me vendit sa tanière
    pour aller voir ailleurs des terres en sursis
    Comme d’ailleurs je sentais que je l’étais aussi

    Les caresses trompeuses racontaient une histoire
    qui pouvait ressembler aux amours enfantines
    que l’on a oubliés au fin fond d’une armoire
    La mémoire est bizarre et parfois elle patine

    La tempête se retire digérant ses victimes
    l’orage est fatigué, et je compte debout
    Le nombre hallucinant de mes blessures intimes
    Je n’étais pas couché je n’étais qu’a genoux
    Dans la salle d’attente d’un service d’urgence
    Un moribond soudain se jeta à mon cou
    Criant désespéré que l’on donne leur chance
    A la génération qui viendra après nous

    Personne ne comprenait
    Mais moi, sûr, je savais
    Que demain est malade
    Derrière une belle façade

    * * *

    Ce texte fait partie des 29 poèmes reçus mercredi 25 mars 2020, lors de la première scène confinée du Chat Noir. Retrouvez les autres dans le compte-rendu de cette restitution virtuelle.

    Leave a Reply

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    quinze + deux =

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.