D’Artagnan hors-la-loi, par la compagnie AFAG théâtre

Il est plaisant au spectateur parisien de recevoir l’air du large. A l’aise dans les festivals de rue comme au Ranelagh ou au théâtre de Ménilmontant dont ils investissent le hall bondé, les comédiens d’AFAG, apportent à une scène confinée un souffle régénérant. A peine entré, on est contrôlé par des agents de sécurité qui s’en prennent aussi à d’Artagnan, aussitôt interpellé par Athos installé dans le public. Cet aller-retour entre la scène et la salle s’accompagne de combats chorégraphiés à l’épée et de mots qui fusent comme des piques. Bref, l’esprit virevolte dans la meilleure tradition française, celle du 17e revue par Alexandre Dumas et remixée par la troupe. On découvre d’ailleurs sur scène l’inventeur de l’Académie française, Richelieu, occupé à observer les courtisans comme un Big Brother précurseur de la télésurveillance.

Il s’agit d’adapter en une heure trente Les Trois Mousquetaires de Dumas : soit, sur fond de concurrence entre la Garde du Cardinal (Richelieu) et les mousquetaires du Roi (Louis XIII), la rencontre impromptue d’un jeune Gascon avec trois mousquetaires qu’il provoque en duel le même jour, avant de s’en faire des amis. Voici les quatre mousquetaires réunis pour défendre les intérêts royaux face au puissant cardinal, qui intrigue contre la reine en exigeant ses « ferrets » – mais la fameuse scène sera coupée faute de temps. Oui, le spectacle épouse les contraintes du soir et ne perd rien à être sabré d’un passage que les comédiens résument au public. La troupe est rompue à ces ellipses, sur lesquelles reposent leur Histoire des trois mousquetaires racontée à deux en une demi-heure, souvent jouée dans la rue, qui résume l’ensemble de la trilogie dumasienne.

Tous les comédiens excellent, Virginie Rodriguez au four et au moulin des rôles féminins, Benjamin Dubayle en jeune premier insolent, Jean-Baptiste Guintrand qui, après Dom Juan, incarne logiquement le charmeur Aramis, l’inénarrable barbu Grégory Bron (Porthos), Serge Balu (Athos), Vincent Dubos en jeune Richelieu et Philippe Ivancic qui joue le gardien de la paix buté, en alternance avec Nicolas Lambert, vu dans Elf la Pompe Afrique.

Grégory Bron trousse ce texte aussi brillamment que le précédent, La Botte secrète de Dom Juan, en alexandrins tantôt classiques tantôt gouailleurs ou familiers, avec des rejets efficaces à l’oral : « la loi est bête et nul / n’est censé l’ignorer… ». Oui, d’Artagnan est ici « hors-la-loi », et c’est une idée libertaire du théâtre et de la vie que les acteurs défendent avec fougue : le refus de l’idéologie sécuritaire maintenue par les gardiens d’un ordre auto-justifié… Le texte mêle à des sentences chevaleresques des messages d’aujourd’hui, comme « attentifs ensemble », dans un choc de registres très réussi. En somme, une adaptation pleine de sens, où la garde du roi se confond avec nos gardiens de la paix.

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