Dans la tête de Redouanne Harjane

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Loin des shows habituellement présentés au Comedy Club, Redouanne Harjane propose un spectacle à tous points de vue décalé. S’il reste stand-up en s’adressant au public, il parle avec le ton mélancolique d’un artiste suicidaire, à contre temps comme Gaspard Proust, et s’accompagne souvent au piano ou à la guitare. Ce côté musicien (passé par le conservatoire et une école de jazz), mêlé à l’influence du stand-up anglo-saxon (il a vécu aux States et en Inde) donne un résultat étonnant : assis dans la salle, on pénètre « dans la tête de Redouanne Harjane » qui pose sur les spectateurs son regard à la Clint Eastwood, yeux plissés et voix de crooner nonchalant, en susurrant des aphorismes de son phrasé à base de « ouais, cool, OK quoi ». Il alterne observations bizarres comme des confessions à un psy et chansons dont les paroles absurdes évoquent « la Bamba triste » de Pierre Billon, sur fond d’accords de piano jazzy ou de guitare acoustique. Il hésite, bute sur les mots, se contredit, dévoilant à un public en partie déconcerté son image de schizo, suicidaire et maso. Loin des questions de communautés, son malheur vient, comme chez Cioran, « de l’inconvénient d’être né » en couveuse, où il aurait pu être échangé avec un autre nourrisson souffreteux. Le show surprenant et original d’une personnalité qui échappe au formatage comique : ça fait plaisir !

Dans une courte première partie, Malik Benthala, encore jeune, fait un peu pâle figure avec son stand-up calibré et attendu, malgré un vrai talent pour la tchatche.


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