David Azencot – fils de pub

Marque déposée depuis 75, son année de naissance et son département, David Azencot fait son retour sur scène. Après Fuite de cerveau qui n’évoquait pas de thème en particulier, cet observateur malin et ébouriffé revient plus en détails sur son expérience d’ex « fils de pub ». Feignant l’arrogance parisienne, il ne supporte pas qu’on dise chocolatine pour pain au chocolat, poche pour sac (« une poche en papier c’est fait pour chier dedans, OK ! »). Mais on a tous à Paris des ancêtres de province, rappelle-t-il, avant d’ajouter, taquin, que c’est la loi de l’évolution. Reste que la ligne 13 est un condensé de misère humaine, de souffrance, de mendicité – et de parodier la mendiante tzigane du show précédent. Quant aux bobos, dont les enfants portent des prénoms évoquant les guerres de tranchées (bien vu), ils veulent « vivre ensemble », mais dans le 10e et pourvu que les autres soient relégués à Sarcelles. Lorsqu’un truc n’existe plus, on lui donne un nom, explique-t-il à propos de ce « vivre ensemble » aussi à la mode qu’une formule publicitaire.

Car le show évoque ses huit ans de bons et loyaux services dans la pub, chez BETC Euro RSCG, initiales des quatre modestes fondateurs de la boite ! Ça en jette, les sigles… Imaginez GGH pour Goebbels Goering Hitler ! Avec de l’ironie et pas mal d’humour noir, David Azencot fait une analyse fine et drôle de ce monde où chacun jargonne pour se la péter, depuis la commerciale de seconde zone au directeur artistique, en passant par le directeur commercial qui lâche sérieusement des phrases comme : « il faut redonner tout sa dimension fromagère à Saint Môret »  ! En quelques parodies, il démonte la rhétorique et les procédés de la pub, la « causalité imaginaire » ou le « parce que… c’est aussi » qui associe des choses sans rapport. Pour parvenir à ce degré d’inutilité sociale, David Azencot a étudié à Sciences Po, histoire de pouvoir parler de tout sans rien savoir.

Le stand-uper s’attaque aussi à d’autres grand sujets comme l’origine de l’homme, les Juifs et le cochon, Dieu et les Portugais, ainsi que la burqa et le serre-tête comme marques ostensibles de l’islam et du catholicisme. Le propos est semé de clins d’œil à un personnage risible, le stagiaire de boite de pub affamé au sac en bandoulière.

S’il reprend quelques bribes de l’ancien spectacle, l’humoriste les remet en contexte. Du style dans le phrasé, de l’autodérision, un ton vif et jamais appuyé pour souligner les excès de l’époque… David Azencot nous sert un stand-up qui se fond vraiment dans l’air du temps.

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