Édouard Baer – Un Pedigree

En 2005, Patrick Modiano, écriture fluide et parole bégayante, publiait un livre qui tranchait avec le reste de sa production par un style sec et factuel comme un compte-rendu de greffier. Dans Un pedigree, l’écrivain raconte une enfance (jusqu’à 22 ans) vécue et subie sans bien la comprendre, comme les personnages de cinéma au second plan de l’image animée. Il est le fils de deux parents singuliers, un père juif vivant de trafics obscurs et une mère comédienne de second ordre, qui l’ont tenu éloigné d’eux, en pension souvent, jusqu’à ce que le jeune-homme prenne son envol en devenant écrivain – sans faire sciences Po comme le souhaitait son père.

Ce n’est ni un journal intime ni une confession, mais un enchaînement de faits, de dates, de lieux, qui font revivre le Paris de l’après-guerre, avec ses rues et ses quartiers. Après l’absence ou l’indifférence de ses parents, l’impossibilité de se confier ou d’avoir un câlin, c’est en marchant dans les rues de Paris que Modiano éprouve pour la première fois un sentiment de bonheur, comme Queneau qui était heureux « quand il se promenait l’après-midi pour écrire des articles sur Paris pour L’Intransigeant ». Paris ou le sentiment de liberté, d’être en vie, enfin dépris de la folie familiale.

Costume élégant, assis derrière un bureau ou debout, le sémillant Édouard Baer dit ce texte sans trop d’emphase, la voix émue, à demi-mot parfois, dans le monumental théâtre de l’Atelier, place Dancourt « où la lumière des réverbères tremble ». A partir de ce livre de plus d’une centaine de pages dont il a fait un découpage rythmé, le comédien donne à voir un spectacle court (une heure et quart), touchant, parfois drôle, dont on sort enchanté. Édouard Baer s’efface et l’image de Modiano se dessine, chien errant sans pedigree à la recherche de ses origines.

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