Gala de Clôture du Montreux Comedy Festival – # Hyperconnecté

C’est sans doute paradoxal, mais ce gala de clôture du festival de Montreux, diffusé en direct sur TMC, laisse une impression mitigée au regard des galas Jokenation en anglais et en français dont les humoristes étaient souvent moins connus. Il y a aussi un goût de machisme chez ces comiques qui font rire avec le mot bite, mais pas avec chatte. C’est l’un des premier mots que prononce Arnaud Tsamere à son compagnon virtuel Cyril (c’est ainsi qu’il rebaptise Siri), pour ce gala hyperconnecté : bite, à ne pas confondre avec bit, l’unité de mesure numérique. Mais non, Cyril parle bien de « teub ». Que Bigard fasse des allusions à la fellation au lit avec sa femme, lui qui évoque son expérience de jeune papa traumatisé par des jouets qui se déclenchent tout seul, on ne s’en étonne pas. Que Laura Laune, espoir de l’année dernière à Montreux, raconte d’une voix de gamine la façon dont elle s’est fait arnaquer par un producteur qui lui dit, au bar, « Qu’est-ce que tu vas prendre… Non ce n’est pas une question ! », ou que le rêve de ses parents soit de la voir sucer Michel Drucker, on ne devrait pas non plus s’en étonner vu qu’elle reprend un sketch fait à la finale française de Jokenation. Pas plus qu’au bouquet final, la séquence clichée d’Olivier de Benoist, exclusivement fondée sur le principe Mars / Venus, aux dépens des femmes bien sûr, idiotes en toutes circonstances, et qu’il interpelle avec une scansion du seizième arrondissement en forçant sur le micro. Alors c’est l’accumulation, peut-être, qui finit par lasser… ou réjouir le public de spectateurs romands.

Bon, il serait exagéré de s’arrêter là. Arnaud Tsamere est évidement très bon, même s’il introduit avec moins de fluidité que Rachid Badouri, sans doute imbattable dans ce registre, les humoristes qui se succèdent sur scène. Sa passion des nouvelles technologies a tout loisir de s’exprimer quand il balance le téléphone d’un spectateur qui s’expose au sol ou dirige un drone qui le dévoile dans le plus simple appareil. Il forme quelques bons duos avec Pierre Croce, à travers une battle de photos ridicules piochées dans leurs archives perso, ou Baptiste Lecaplain, qui trouve dans le public la moitié – masculine – qui lui manquait.

Baptise est d’ailleurs une des bonnes surprises de la soirée : il évoque son nouveau spectacle écrit avec son cousin de 5 ans et se souvient de sa timidité maladive, enfant, quand sa mère l’affichait publiquement en le rendant toujours plus rouge et mutique… On apprécie l’humour assez fin de Tom Villa ou la performance de Demaison, aussi généreux qu’à son habitude, qui en plus d’un extrait de son spectacle où il représente ses parents retraités à la campagne, avec leurs habitudes de néohippies mangeant des mets bios sans saveur : « C’est dégueulasse mais c’est détox. Namaste, prout. Pet sur toi », fait un tour de France des régions en gratifiant ses compatriotes de remarques marrantes et cruelles. Pierre Croce livre un extrait de son Powerpoint show qui semble très rythmé. Le gouleyant Artus fait l’ange du Paradis, qui dialogue avec Dieu des réussites et des échecs, comme les Chinois : « il y en a trop et ça se voit qu’on n’a fait qu’un seul moule ! » Au passage, il reprend une vanne du Comte de Bouderbala sur les Roumains cannibales (« S’il vous plait, pour manger, bébé »).

Le gala Jokenation en français ne comptait qu’une fille, ce soir elles sont deux : Laura Laune et la Suissesse Marina Rollman, qui se souvient de la guerre de Cent Ans, doutant que les douves des châteaux aient pu dissuader les plus belliqueux des envahisseurs, et évoque ces filles qui disent « je m’en branle » avec un geste viril. Histoire de montrer que les blagues de bite sont vraiment au cœur de la société actuelle…

DANS LA MÊME RUBRIQUE

One Comment

  1. Pingback: Mathieu Madénian - En état d'urgence, mise en scène Kader Aoun - CRITICOMIQUE

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

trois × cinq =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.