Je suis un pays de Vincent Macaigne à la Colline

Avec Je suis un pays, créé un peu après En manque, Vincent Macaigne poursuit sa fresque philosophique et générationnelle qui fait crier la critique au génie. C’est sans doute exagéré. Pourtant il y a quelque chose derrière les infra-basses qu’on supporte avec des bouchons d’oreilles, les bacs d’eau déversés sur scène et les sentences philosophico-bibliques comme « Il est inconcevable d’être nous » qui figurait déjà en lettres de sang dans En manque. Ici, la principale sentence est « Nous avons besoin d’une parole nouvelle », c’est-à-dire d’une nouvelle croyance, d’une nouvelle parole poétique et théâtrale incarnée par un nouveau messie.

Vincent Macaigne incarne donc ce nouveau créateur omnipotent et omniprésent, non pas deus ex machina mais deus retro machinam absorbé par sa console en fond de salle, à la fois metteur en scène et régisseur avec sa troupe de comédiens et de figurants en costume lunaire portant des faisceaux lumineux dans la brume, comme un Tetris urbain, comme une ville la nuit, comme un système robotisé… Toutes les métaphores de la modernité sont convoquées, réseaux sociaux, caméra filmant la scène dans un simulacre de télé-réalité visant à détrôner le roi, avant le débat en direct auquel le public peut prendre part. Plus qu’une histoire c’est une expérience où les sens sont sollicités, un spectacle hybride de 3 heures 45, avec beaucoup de bruit, de la fumée et évidemment de l’eau déversée sur la scène recouverte de vinyle. D’un spectacle à l’autre on retrouve les mêmes personnages comme l’artiste Ulrich von Sidow qui était au cœur d’En manque.

Je suis un pays porte une réflexion à la fois religieuse et théâtrale qui fait référence aussi bien à la Bible qu’au théâtre antique. Dans ce mythe générationnel où le messie Eddy est le frère de Marie Curry, beaucoup de questions se posent. Qu’est-ce qu’une société ? Comment les générations se parlent-elles ? La liberté est-elle valable pour soi-même ou pour les autres ? Nous sommes à l’air du spectacle participatif, participation un peu artificielle où le public est invité à monter sur scène pour danser avec les comédiens. A la fin surgit une enfant de six ans incarnée par une comédienne deux fois plus âgée, qui ne cesse de crier « ta gueule » à ses aînés. Alors, qui va prendre la suite de Macaigne ?

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