Le Festival de Caves 2015, par la Compagnie Mala Noche

Le Festival de Caves, né à Besançon en 2006, c’est un concept qui consiste à présenter à un nombre de spectateurs limité (19) des spectacles joués dans des caves dont l’emplacement est dévoilé au dernier moment. La veille de la représentation, vous recevez par téléphone les infos pour vous rendre au point de rendez-vous d’où vous serez conduits à la cave en question. Le festival a lieu dans une trentaine de villes françaises, et c’est le théâtre de l’Atalante qui s’occupe de la programmation parisienne. Ainsi, rendez-vous était donné à quelques personnes jeudi 18 juin devant le kiosque à musique du square Clignancourt, non loin de la mairie du 18e. Une fois les spectateurs réunis, le petit groupe se rend justement à la mairie, avant d’être guidé dans les entrailles du bâtiment vers une cave aménagée et décorée d’affiches vantant les vendanges de Montmartre et pourvue d’un immense tonneau à vin datant des premières vendanges en 1934.

Le public est installé de façon à la fois sommaire et confortable en trois rangées, devant une comédienne seule en scène qui, face à son pupitre, entame la lecture d’Insenso, une pièce poétique et lyrique de l’écrivain grec Dimitri Dimitriadis, inspiré du film Senso de Visconti. Soit le monologue échevelé d’une femme qui sombre dans la folie. Elle raconte avoir dénoncé son amant qui la trompait et qui a été fusillé. Elle se morfond et se confond avec Franz au corps et à l’esprit parfaits, imagine ses mains, son sexe, son esprit qui l’habitent encore. Tout est dit dans les cinq premières phrases : « Je suis la comtesse Livia Serpieri. J’ai dénoncé mon amant le sous-officier Franz Mahler comme déserteur de l’armée autrichienne. Arrêté, son exécution immédiate a été ordonnée. J’ai entendu la salve. J’ai poussé un grand cri et je me suis perdue en larmes dans la nuit de Vérone. » La suite est la logorrhée lyrique, érotique et délirante d’une femme blessée qui veut mourir.

Dans la mise en scène d’Agathe Alexis, qui partage la direction du théâtre de l’Atalante avec Alain-Alexis Barsacq, tous deux présents, Hélène Lausseur est saisissante de justesse et d’émotion. Sa diction passionnée, précipitée ou ralentie, épouse chaque linéament du texte, ses incises et ses questions brutes, elle beggaie, s’enflamme, hurle parfois. Son visage au faux air de Carole Bouquet se convulse, s’apaise, ou affiche un sourire empreint de folie. On écoute religieusement cette performance singulière, qui permet de découvrir la mairie sous une lumière nouvelle, souterraine, d’une inquiétante obscurité.

Pour voir les prochaines dates, rendez-vous ici.

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