Lisbeths

Fabrice Melquiot est l’un des auteurs dramatiques avec qui il faut aujourd’hui compter. Depuis qu’il a découvert son oeuvre en 2002, en cherchant à monter une pièce pour adolescents, le metteur en scène Manuel Bouchard lui est fidèle. Il présente aujourd’hui Lisbeths (2006), la rencontre entre un homme et une femme incarnés par Claude Lalu et, en alternance, Nadjina Khouri et Babette Largo. Pietr et Lisbeth sont commerçants, lui vend des encyclopédies et elle vendait des bijoux, avant de plaquer son mari qui était aussi son patron.

La pièce commence comme une rencontre coup de foudre dans un café de Tours, situation banale mais porteuse de tous les possibles. Une connexion immédiate s’établit entre ces deux âmes, ces deux corps qui s’attirent et s’électrisent, s’approchent et se repoussent, fébriles, reculant toujours le moment de ne faire plus qu’un… Elle finit rarement ses phrases, éclate de rire et lui est fasciné, amusé. Ils parlent de sexe et de désir avec des mots du quotidien, sans crudité ni détours… La description fine et nuancée de leurs sentiments naissants rappelle Barcelone-Amsterdam.

Mais petit à petit quelque chose se fissure et l’incompréhension gagne ces amants qui deviennent distants. Lorsque Pietr descend du train, à la gare de La Rochelle, où il sont venus faire un enfant face à la mer, il ne reconnaît plus Lisbeth. D’où le pluriel du tire : y aurait-il plusieurs Lisbeths ?

L’écriture de Fabrice Melquiot est d’une sensibilité extraordinaire : elle traduit les bégaiements du désir, de l’amour naissant, créant un vertige du langage par des répétitions, des hésitations et l’emploi de mots justes, simples. Ces mots, les deux comédiens les disent avec les silences et le ton qu’il faut, exactement.

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