Au moment de la nuit, de Crébillon Fils et Jules Renard, par Nicolas Briançon

Agençant deux textes de Crébillon fils et Jules Renard, Nicolas Briançon évoque ces moments de faiblesse, de désir et d’abandon que partagent un homme et une femme dans l’intimité de la nuit. Il nous plonge dans une tradition littéraire typiquement française, où la jouissance, plus fantasmée que réelle, vient des mots.

Crébillon fils (1707-1777) et Jules Renard (1864-1910), écrivent dans une langue belle et précise qui exalte les sentiments amoureux. Un siècle et demi séparent La Nuit et le moment ou les matines de Cythère (1755) et Le Pain de ménage (1898), et cela se sent puisque, comparée à l’afféterie précieuse de Crébillon, la langue de Renard nous paraît plus actuelle, intelligible. Imahinant un même couple à quelques années d’intervalle, Nicolas Briançon fait un montage de ces deux textes évoquant la passion et la séduction selon deux modes d’aimer différents, l’un consistant à être fidèle au milieu des coucheries, l’autre à oser tromper dans le cadre du mariage.

Dans le premier cas, sur fond de libertinage de la bonne société, la question est de savoir si l’on peut s’aimer : « On se plaît, on se prend. S’ennuie-t-on l’un avec l’autre ? on se quitte avec tout aussi peu de cérémonie que l’on s’est pris », dit l’homme à la femme qui demeure en retrait. Dans le second, l’homme marié parle beaucoup, séduit par ses mots, mais, lui rétorque la femme mariée à un autre, « votre imagination a une envergure d’aigle et un appétit de moineau. »

Entre impétuosité et douceur, exceptionnels de justesse, Anne Charrier et Nicolas Briançon rendent la langue limpide et l’atmosphère de ces soirées amoureuses où, dans les vapeurs de l’ivresse, s’énervent les sens. Nicolas Briançon, en particulier, fait entendre cette langue littéraire avec des résonances affectives qui nous touchent. Frivolité, maniérisme, libertinage : tout un univers vibre et frémit au studio des Champs Elysées. Et l’on pense à cette phrase de Nicolas de Chamfort : « L’amour, tel qu’il existe dans la société, n’est que l’échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes. »

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