Sandrine Sarroche – La loi du talon

Sandrine Sarroche a le talent oratoire de ces avocats passés par la conférence du stage, un concours d’éloquence qui lui a valu une standing ovation il y a quelques années. A l’instar de Tanguy Pastoureau auquel elle a succédé comme chroniqueuse chez Zemmour et Naulleau sur Paris Première, elle a une jolie plume et le goût du calembour (voir le titre du show). Mais c’est une vision assez peu libérée de la femme que dévoile La Loi du talon, sous couvert de « pacte féministe de non agression », aux antipodes du point de vue de Noémie de Lattre.

C’est l’itinéraire d’une petite provinciale qui tente d’être adoptée par la grande bourgeoisie parisienne dont elle veut saisir les codes. Dans ce spectacle, elle est une avocate aidant les hommes divorcés, ces créatures vulnérables et infantiles, une journaliste de la presse pipole, une comédienne enfin qui semble vouloir se libérer de cette emprise tout en appartenant toujours à la bourgeoisie parisienne qu’elle semble trop heureuse d’avoir intégrée.

Dans la forme, voici un one-woman-show à l’ancienne, avec sa bonne vieille galerie de portraits caricaturaux, tous d’ailleurs très bien incarnés mais pas surprenants : la concierge portugaise, la rédac chef infecte, sans qu’on ait droit à l’Antillaise de la préfecture promise dans le dossier de presse, peut-être une réminiscence trop visible d’Anne Roumanoff.

Si la satire de la gauche caviar touche juste, à travers ce sosie bien campé de la critique dramatique Fabienne Pascaud (30 ans après les Inconnus) tenant salon dans son immense appartement avec terrasse sur le Luxembourg, ce n’est pas nouveau. Tout aussi stéréotypé est le portrait genre Valérie Lemercier de son amie Bonobo exilée à Bruxelles, néologisme désignant les « bourgeois non bohème » de l’ouest de Paris (comme les BBB d’Oceanerosemarie), tribu à laquelle elle semble appartenir. Cette grande bourgeoisie de droite comme de gauche a beau exister encore, c’est un microcosme aujourd’hui assez marginal.

Quelques chansons bien tournées agrémentent le spectacle, où Sandrine Sarroche confie être « devenue parisienne, mi connasse mi bohème », elle la petite Toulonnaise qui débarquait toute ingénue à la capitale, avec son accent chantant et ses « bonjour » adressés gaiement aux Parigos évidemment maussades et impolis. Réunis, ces portraits semblent justifier les clichés les plus tenaces sur Paris et la Province, dans une perspective 3e République qui conforte le sentiment de supériorité des Parisiens et la défiance qu’ils créent ailleurs en France.

Et pourtant, sur la forme c’est irréprochable : avec du rythme, une certaine éloquence et une écriture ciselée qui fait mouche, la comédienne est capable d’incarner toutes sortes de personnages… Mais elle ne dépasse aucune des contradictions qu’elle met en scène (Paris/Province, bobos/bonobos, hommes/femmes, enfants/adultes), contribuant plutôt à nourrir les idées reçues qui seraient déjà en germe chez les spectateurs. Si le rôle de l’humoriste peut être de s’emparer des clichés, n’est-ce pas pour les dépasser ou les subvertir ?

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