Thyeste de Sénèque, mis en scène par Thomas Jolly

Thomas Jolly est une des stars de la scène publique actuelle. La critique voit en lui, comme en Vincent Macaigne, la relève du théâtre d’aujourd’hui. Mais il a une appréhension un peu plus classique de la tragédie antique. Après avoir exploré Shakespeare de fond en combles, il s’attaque à l’auteur latin Sénèque qui a d’ailleurs inspiré Shakespeare, à travers la mise en scène de Thyeste, joué cette année pour le in d’Avignon dans la cour d’honneur. Voici l’une des plus violentes tragédies antiques, ou l’histoire de deux frères, Atrée et Thyeste, qui se disputent le trône d’Argos. Celui qui aura dans ses étables un bélier à Toison d’Or sera désigné roi.

Ce qui intéresse Jolly dans cette pièce, c’est la nature d’un crime si atroce que même le soleil refuse de le voir et que le monde finit par être plongé dans un abîme proche de l’Apocalypse. Au début, Tantale surgit des enfers pour infester la tragédie et cette extraordinaire violence imprègne la pièce, le mal s’amplifiant successivement depuis le dolor, tristesse inconsolable, vers le furor, douleur transformée en colère, jusqu’au nefas, colère menant jusqu’à l’acte ultime.

La forme est intéressante, pas totalement chaotique, absurde ou révolutionnaire. Dans une scénographie d’une très grande beauté, la lumière se réverbère sur les débris d’une immense statue allongée et à moitié ensevelie, dont ne demeure que la tête bouche ouverte et une main où les personnages grimpent et se logent. On note la présence d’une métrique rap, à travers le chœur incarné par cette comédienne qui scande son propos en rythme sur un instrumental simple et efficace. Un quatuor à cordes est dissimulé dans l’arrière scène, comme cette maîtrise d’enfants qui  donne une portée dramatique et lyrique à la mise en scène.

Si Thomas Jolly est un pur produit de l’école de théâtre public, pour promouvoir son art il sait aussi user de moyens actuels, comme dans cette mini-série télévisée intitulée Le théâââtre, orthographiée comme notre rubrique. Voici un spectacle ample et furieux, joué avec une très haute précision durant presque deux heures et demie, qui nous fait éprouver une violence aux résonance actuelles.

 

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