La Chose commune, d’Emmanuel Bex et David Lescot

La Chose commune c’est une commune préoccupation pour l’histoire de la Commune de Paris, de la part d’un jazzman et d’un metteur en scène : Emmanuel Bex, spécialiste de l’orgue Hammond, et David Lescot, associé au théâtre de la Ville, qui multiplie depuis vingt ans les productions associant théâtre et musique.

Sur la scène de l’espace Cardin repris par le théâtre de la Ville, ils sont entourés de deux musiciens : le batteur Simon Goubert et la saxophoniste Géraldine Laurent, et de deux voix : celle de la chanteuse Elise Caron et celle du slammeur Mike Ladd, aux multiples collaborations, qui a rejoint le groupe Zone Libre PolyUrbaine.

Le sujet, la Commune, reste encore vivace 146 ans après, dans une période d’incertitude politique et d’espoir de changement. Cet épisode mal connu fut une vraie révolution populaire qui dura deux mois (18 mars-28 mai 1871) et se termina par la semaine sanglante, le massacre des Communards par les Versaillais. Pour l’évoquer de façon chronologique, ils ont choisi la performance, soit un album-concept joué en live, douze chansons pour l’essentiel composées par David Lescot  – qui cite aussi Rimbaud  ou La Canaille, d’Alexis Bouvier – sur des musiques d’Emmanuel Bex. Ainsi on redécouvre dans une forme slamée ces manifestes féministes, anarchistes ou laïques très en avance sur leur temps.

Mike Ladd, habillé d’un costume de la garde nationale, incarne la composante révoltée du spectacle, avec des chansons-manifestes bouillonnantes d’énergie. A côté de ce performeur au flow impétueux et à la voix éraillée, David Lescot paraît plus terne, tout en réussissant à narrer l’histoire de la Commune d’une énonciation posée. Elise Caron convainc en chantant d’une voix aiguë l’histoire d’une communarde méconnue, Elisabeth Dimitrieff, mais quand Lescot et elle scandent à tour de rôle des revendications, ça sonne un peu artificiel. Parfois, lui joue de la trompette et elle de la flûte. Chaque chanson voit arriver sur scène un ou plusieurs chanteurs qui s’effacent ensuite dans un décor épuré, surmonté d’un éclair rouge.

Voici donc un concert en forme de manifeste historique à suivre d’une attention tendue, sauf lorsqu’on se laisse prendre aux volutes sonores du trio formé par l’orgue, le sax ténor et la batterie virtuose. Les musiciens sont excellents, qui voguent en territoire jazz. Hélas, la traduction des paroles de Mike Ladd arrive parfois en décalé, mais le spectacle vibre d’une impétuosité forcément imparfaite.

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