Fura dels baus – M.U.R.S.

Depuis 36 ans, la troupe catalane de la Fura dels baus – soit « le furet d’Els Baus », un lieu-dit – crée un théâtre de rue populaire, délirant et interactif. Les formes ont changé. A l’ère du smartphone, leur happening de bruit et de fureur est sans doute encore plus efficace. Une application au nom du spectacle, M.U.R.S., doit être téléchargée avant d’arriver à la Grande Halle de la Villette. Ensuite, vous passez en mode avion et vous vous branchez sur le wifi. Le public est divisé en quatre groupes qui pénètrent successivement les quatre zones de couleurs correspondant aux lettres M.U.R.S. Tout fonctionne sur la manipulation de masse, vous êtes happés dans une mécanique totalitaire où tout est suggéré, par les animateurs au micro ou par les messages qui s’inscrivent sur votre téléphone.

Vous êtes d’abord introduits dans la zone de confort (jaune), au mur de laquelle est projeté un grand Tetris dont les briques sont vos têtes prises en photo et où chacun doit expulser l’autre. Vous arrivez ensuite à l’espace fitness (blanc) : on saute en l’air, on s’active et le smartphone est là pour vous dire si vous êtes à 25% ou à 75% de votre potentiel… A l’espace bourse (rouge), vous jouez avec vos téléphones sur le cours qui s’affiche en direct, ça monte ou ça baisse, un krash, non, voici désignés deux vainqueurs qu’on applaudit. Tous les téléphones sont connectés les uns aux autres. Dans le quatrième espace (vert), la folie prend possession de tous. D’abord, c’est ludique, chacun ouvre l’appli appareil photo et les téléphones captant des logos sur des bouteilles d’eau affichent des formes en 3D, puis ce sont des signaux d’alerte rouge. Explosions, attentats, fin du monde, on vous enfile de force un sac poubelle protecteur, tandis que sur une estrade les discours bienfaiteurs se transforment en harangues totalitaires. Panique, chacun doit regagner sa zone, mais c’est impossible à cause des cordons de sécurité. Des victimes expiatoires sont enchaînées, la foule leur jette des morceaux de salade.

Après un début hésitant ou difficile – pas évident d’adhérer instantanément à un tel projet -, le show emporte les participants. On retrouve un coté bordélique à l’espagnole, un mélange de movida nocturne et de guerre civile franquiste. Depuis sa naissance en 1979, qui coïncidait avec le retour de la démocratie en Catalogne, la troupe n’a pas changé de propos. Mais elle a évolué avec le temps et aujourd’hui son application fonctionne à merveille, d’un espace à l’autre, pour mieux s’aliéner nos cerveaux.

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