Bruno Coppens -Trac !

Bruno Coppens est un humoriste belge amateur de jeux de mots, au style virtuose et ingénu… Dans ce nouveau spectacle, on retrouve quelques éléments empruntés au précédent, où il s’effrayait de fêter ses 50 ans dans un bar désert : il nous refait le coup du smartphone qu’il ne sait pas utiliser, en particulier le correcteur orthographique qui donne lieu à une foule d’à-peu-près (où l’on utilise un mot pour un autre afin de créer un effet comique). Ici le ton est différent : le comédien est là pour délivrer au public ses « trucs anti-trac », conscient que le ridicule nous rend plus fort, puisqu’il ne tue pas et que selon Nietzsche, ce qui ne tue pas rend plus fort.

Ça commence de façon poétique. L’acteur se met dans la peau du premier homme, Adam, qui invente le premier jeu de mot : « Ève Reste ! » Il joue de sa parole hésitante pour délivrer une série de balbutiements poétiques, où façon Jean Tardieu, il emploie un mot pour un autre, récitant par exemple, ému par une fille au fond de la classe, une fable de la Fontaine revisitée, « Le corps beau et le regard ».

Sans doute peu innovant dans son passage météo filant une métaphore sur le FN ou dans cette homélie papale truffée de calembours, il l’est davantage quand il démonte la rhétorique des hommes politique avec une vingtaine de « mots magiques » comme « confiance » ou « dynamique », qu’il manie à merveille, incitant les spectateurs à user de ces mêmes termes pour se draguer, par exemple, à la sortie de la représentation. Oui, car le public aussi a le trac, puisque chacun se retrouve dans le noir, au coude à coude avec une femme ou un homme peut-être exceptionnel(le)… Et voici resurgir le cliché de la rencontre amoureuse où sont évoqués la difficulté à communiquer et la maladresse du premier baiser – mais comment donc choisir de quel côté pencher la tête ?

Au-delà des adresses au public, Bruno Coppens incarne quelques personnages, comme une vieille femme refaite ou un Québécois en croisade contre l’anglais. A l’instar de Guillaume Meurice et de quelques autres, il ridiculise les euphémismes techniques en vogue, évoquant sa femme de ménage qui est devenue un « technicien de surface ».

Quand il évite les calembours un brin stériles – « on ne dit pas « eunuque » mais « burne out » -, Coppens parvient à nous communiquer son ivresse langagière, lorsqu’à la façon de Michel Leiris, le langage devient pour lui tangage*, errements et questionnements existentiels, avec un bonheur de dire dont il semble à jamais investi.

* Langage tangage ou Ce que les mots me disent est le supplément que Michel Leiris écrivit à son Glossaire, j’y serre mes gloses.

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