Djoé – Burn out et confettis

Avant de se lancer dans le slam et d’arpenter chaque soir les soirées de poésie parisiennes pour tester ses nouveaux textes, le prolifique Djoé a eu 1000 autres vies. En particulier dans le cabaret, trajectoire inverse à celle de ces slameurs qui veulent prendre la scène. Il a fait du théâtre de rue avec les Hektor fantaisie où il se prenait pour John Wayne et Maria Callas, il a été mentaliste avec la compagnie des Virtuoses de l’étrange, imitateur de gibbon et d’aigle royal, il a été clown pour le Cabaret des fous au Zèbre de Belleville, mime à la manière de Patrick Robine, et laborantin en blouse dans un spectacle sur le cochon (oui oui, le cochon). En plus de ses trois ou quatre one-man-show, il fut membre d’un trio humoristique avec Mathieu Madenian et Stéphane Murat, qui s’illustra notamment dans L’amour en kit.

Djoé c’est d’abord un personnage, assez indiscernable de sa vraie personnalité, où l’on peine à distinguer la part de l’inné et celle de l’acquis. Un personnage « hors cadre » qui hésite tant entre les contraires qu’il n’est peut-être pas assez identifiable : est-il jeune ou vieux ? Sa voix est-elle parodique ou sérieuse ? Vient-il slamer ou faire rire ? Critique-t-il l’Académie ou souscrit-il à son crédo ? Est-il est conservateur ou libertaire ? Presqu’aucune de ces questions ne trouve de réponse dans Burn out et confettis, ce qui fait à la fois la richesse et les limites du spectacle…

Je découvre cette création dans une petite salle du 19e arrondissement baptisée Le Paris de L’humour, l’ex-Comic HallWalter et David Azencot débutaient il y a 13 ans sur le Plateau de Sébastien JoëlBurn out et confettis, c’est une heure de show avec une douzaine de sketchs dont l’ordre peut changer mais également la sélection – sachant que le comédien pioche dans un fond d’une cinquantaine de textes écrits ces dernières années. On y découvre à la fois le comédien d’avant et l’arpenteur actuel de scènes ouvertes, le plumitif productif et le chroniqueur humoristique.

Djoé a une diction suraccentuée qui capte l’attention – c’est vraiment la sienne -, et une énergie qui dénote dans les soirées slam où il offre au public abreuvé de poésie clamée ou « engagée » une parenthèse de rire. Ce soir-là, il commençait in medias res par un sketch sur une maison de campagne au  jardin miné, du côté de Verdun. Oui, sa petite histoire rejoint notre actualité, mais quand il évoque une relation homo-épistolaire dans les tranchées, entre un poilu et un tirailleur sénégalais, c’est un petit peu old school. A l’inverse, le comédien taquine les cimes lorsqu’il se lance dans une réflexion abyssale sur les trous noirs helvètes…

« Dans un monde qui s’écroule, apportez votre pierre à l’édifice », indique l’affiche de Burn out et confettis. Le titre lui-même résume la question : antithèse entre vie et mort, dépression et légèreté, dans un fondu-enchaîné de sketches, mimes, histoires, monologues, parenthèses artistiques et paraboles philosophiques, incluant un conte médiéval à la Kaamelott et deux chansons à la Boris Vian. Il y a de l’absurde dans le sketch sur les prospectus (façon Gad Elmaleh dans Décalages), comme dans sa tentative ubuesque de se désabonner d’une newsletter ou son « Nique ma mère » à contre-courant des insultes versifiées. Peut-être gagnerait-il à faire revenir plus souvent quelques personnages récurrents, comme ce pote qui va se convertir au chamanisme, ou à ménager des clins d’œil aux sketchs précédents au fil du spectacle.

C’est enlevé, original, spirituel et parfois aussi un peu daté. Malgré la fluidité du déroulé, Djoé compose un patchwork hétéroclite dont il gagnerait à soigner le liseré, pour fédérer derrière son personnage une horde de fans en délire.

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