Fred Testot – presque seul

Dès le début, Fred Testot, voûté, entame une danse maladroite, comme un contrepoint au showman virtuose et à l’aise avec son corps. Cette posture de gêne a beau être parodique, elle se ressent tout au long de son premier one-man-show, à tel point qu’elle finit par se confondre avec le comédien lui-même. Dans Presque seul, l’acteur évoque son statut pas toujours enviable, harcelé parfois par des fans agressifs, et dont les rôles violents qu’il endosse à la télé et au cinéma déteignent sur l’humeur et la vie quotidienne.

Ça commence de façon convenue par une discussion avec son régisseur absent, la figure du régisseur maltraité par l’artiste seul en scène étant un poncif de la scène comique. A l’ère d’un stand-up délivré des ficelles dialectiques du one-man, ce mode d’interpellation qui rappelle les vieux sketchs de Palmade et Robin – et que Vincent Dedienne parvient à renouveler –, semble aujourd’hui daté. Dommage que Fred Testot s’appuie de façon récurrente sur ces dialogues pesants, car il excelle par ailleurs à donner chair et vie à des personnages, comme cette vieille actrice sur le retour ou cet homo qu’il pourrait être, vulnérable et parano.

Ce qui fait défaut à ce spectacle, au fond, c’est une prise de risque ou une nécessité artistique. Et peut-être un peu de rigueur. On ne distingue pas clairement les différents personnages, qu’il s’agisse du chauffeur de bus psychopathe, du moniteur de poney raté ou du restaurateur hystérique. Fred Testot leur prête parfois les mêmes caractères, les mêmes mimiques, les mêmes voix inspirées d’ElieDieudonné, ou Florence Foresti, les mêmes propos gonflés d’une amertume qui est peut-être la sienne. En outre, le contexte est posé sans finesse, au fil de dialogues qui livrent les choses en vrac, telles quelles, comme dans les mauvaises pièces où les personnages se présentent dans des répliques artificielles. C’est dommage quand on sait de quoi est capable l’humoriste !

Bref, on regrette un show pas très bien écrit ni abouti, ne contenant quasiment aucune chute, mais qui parvient à s’envoler lors de quelques moments de grâce… On est loin de son excellent duo vu en 2004, avec son ex collègue Omar Sy qu’il n’évoque qu’une fois, sans le nommer, mais dont l’ombre plane dans la salle.

En première partie, Patrick Chanfray qui partage le même producteur et dont l’affiche fait la même allusion schizophrénique (« Fred Testot presque seul » / « Patrick Chanfray sont seuls en scène »), semble beaucoup plus vivant, même s’il a du mal à emballer le public.

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