Gauthier Fourcade – Liberté! (Avec un point d’exclamation)

Gauthier Fourcade continue son bout de chemin à l’écart des boulevards de l’humour actuel. Voilà un comédien à part, un scientifique féru de langage à la manière de Boris Vian ou des auteurs mathématiciens de l’Oulipo, puisqu’il est ingénieur de formation et qu’il a inventé des jeux de réflexions et de stratégie. Pas étonnant qu’aujourd’hui Cédric Villani lui rende hommage…

D’ailleurs, ce nouveau spectacle présenté à la Manufacture de Abbesses s’apparente lui-même à un jeu de réflexion philosophique, servi par la mise mise en scène de William Mesguich et une scénographie ludique qui lui permet de jouer avec les concepts comme des panneaux de signalisation routière – de laquelle Fourcade donne sa propre version, inventive et ludique, comme toujours. Mais le concept phare de ce spectacle, c’est celui du titre : Liberté !

On avait l’habitude de le voir tisser des jeux de langage, jongler avec des mots qui s’emboîtaient les uns dans les autres. Ici, les séquences langagières funambulesques sont plus rares et lorsqu’elles surgissent, elles semblent d’autant plus « motivées par le contexte », comme on dit en linguistique. Héritier de Devos à ses débuts, Fourcade évolue donc vers plus de réflexion et ses acrobaties lexicales paraissent dès lors plus nécessaires.

Il s’agit pour le comédien de défendre une idée originale et personnelle de la liberté, vue non pas comme un choix restrictif, mais comme une force de création. Loin des alternatives réductrices qui nous somment de choisir entre les deux faces d’un même problème, comme entre la cravate rouge et la bleue, le comédien revendique la liberté de ne pas choisir… Pour faire autre chose : créer, par exemple.

Entre autres sujets traités avec maestria, Fourcade évoque la religion, les multinationales, les rencontres dans le train, ou ces hommes politiques qui ne tiennent pas leurs paroles, lesquelles s’envolent (jolie parabole). Ça part un peu dans tous les sens, mais tous les chemins menant à Rome, le conteur retombe toujours sur ses pieds, ou dans sa malle, en Diogène moderne las d’avoir à choisir. Certes, le jeu, assez soutenu, peu sembler un peu conventionnel par rapport à d’autres seuls-en-scène, mais c’est la trempe théâtrale de ces humoristes du langage.

En somme, Gauthier Fourcade délivre un cours de philo ludique, une réflexion soutenue et toujours imparable – quitte à faire une pirouette assez risible pour démontrer l’échec du déterminisme.

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