Penser qu’on ne pense à rien c’est déjà penser quelque chose

Le titre, loufoque et rigolo, est à l’image de cette courte pièce d’à peine plus d’une heure jouée par trois comédiens excellents. A chacun son personnage, singulier et complémentaire des autres : Vincent Debost en grande gueule cynique et susceptible, Olivier Broche, révélé dans les Deschiens et à l’affiche de François Mitterrand et moi, en suiveur hésitant et Anne Girouard, la reine Guenièvre dans Kaamelott, ou celle qui s’interroge – c’est-à-dire le leader, le suiveur et la philosophe.

Une telle pièce fait plaisir à voir, c’est un bol d’air, une bonne surprise qu’on verrait bien au Rond-Point d’ici quelques mois. Deux gars, dans une boutique un peu mystérieusei, passent leur temps à écrire et jouer des dialogues qu’ils vendent à leurs contemporains : conversations de soirée ou d’ascenseur, bref, tout sauf des dialogues de théâtre. Une femme venue chercher une bouteille de vin perturbe cet écosystème et provoque une nouvelle conversation sur le temps qui passe, la mort ou l’éternel recommencement… Autant de sujets métaphysiques évoqués avec les mots les plus simples, de la façon la plus ludique qui soit.

Le texte file d’une écriture vive et rythmée, sans un mot de trop, en explorant des directions absurdes : puisque tout semble avoir été dit, c’est sans doute que les mots ont tous déjà été employés. C’est la faute des hommes préhistoriques qui n’ont pas pensé au monde qu’ils laissaient aux génération suivantes, ou une parabole de la protection de l’environnement. De même, que dire de ces mots qui existaient avant les choses qu’ils désignent, comme téléphone inventé à la fin du 19e siècle ? Le spectateur est ainsi amené à prendre du recul sur la langue et, par l’absurde, à réfléchir au sens de la vie.

La pièce est d’autant plus divertissante qu’elle évoque un atelier de théâtre, puisque les protagonistes se montrent en train de composer et d’interpréter leurs propres dialogues. Voilà, on s’amuse intelligemment et ça passe beaucoup trop vite.

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