Perceval dans Soleil Noir

Arnaud Aymard a créé une foule de personnages. On l’a vu en Oiseau Bleu, récemment en Canoan, mais c’est dans une création plus ancienne (2004), Perceval, qu’il s’est montré à l’Entre-Sort de Châlons-en-Champagne. Un chanteur maudit, gothique et tout de noir vêtu, arrive sur scène avec sa guitare sèche… Dans ce spectacle où il se montre peut-être au sommet de son art, Arnaud Aymard distille le même jeu étonnant, singulier, fait d’hésitations, de phrases à peine esquissées, suspendues en l’air, de voix étranges, comme cette façon nasillarde de prononcer « soleil noir », tel un enfant incompris. Sa prose fourmille d’adjectifs inattendus et de trouvailles dont certaines improvisées sur le vif, comme ces « tortues à têtes de petites filles qui crachent des pâtes en formes de lettres ».

Dans le monde de soleil noir régi par le roi Semeur, tout est sombre, paysages et créatures. Arnaud Aymard a dû être nourri de contes de fées pour que son imagination boue d’un tel foisonnement magique et délirant, dont le charme se communique instantanément aux enfants comme aux adultes. Car comme certains artistes issus du théâtre de rue, le comédien a la faculté de parler à tout le monde. Son public, il le frôle, le regarde, l’invective et semble ne pas vouloir être compris, aimé de lui. Il se lasse de devoir tout expliquer, regrette que les spectateurs ne croient pas à ses aventures extraordinaires, leur intime de partir avant de les retenir. Oui, vraiment, c’est inhabituel…

Entre ses monologues désabusés et ses adresses moqueuses, le comédien chante, bien sûr, des chansons qui pourraient passer pour du rock français pseudo romantique, sans leur caractère parodique. Il module sa voix, ouvre grand la bouche pour que les « o » deviennent des « a », s’emporte et manque de casser sa guitare, jette la chaise à terre, en s’arrêtant toujours quand on ne l’attend pas pour partir ailleurs. Le spectacle explore ainsi une foule de registres, sans cesser de surprendre un public déboussolé et charmé.

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