Reda Seddiki – Lettre à France

Grand, fin, soigné, Réda Seddiki adresse une lettre à la France qu’il personnifie en une jeune-femme séduisante et inaccessible. En fait, plutôt que cette lettre satirique – et assez convenue – à son pays d’accueil dont il finit par livrer la lecture, c’est à un voyage en Algérie que l’humoriste convie les spectateurs. A Tlemcen plus précisément, là d’où il vient, là où il a grandi… Il nous présente ainsi ses potes, ses cousins, les mecs du quartier qui fument en tenant le mur, imaginant la France comme un eldorado où l’on gagne 4000 euros par jour.

A 26 ans, doté d’un diplôme d’ingénieur et d’une carte de séjour provisoire, Reda Seddiki cherche à savoir comment il pourra vivre son idylle avec cette France qu’il aime et dont il attend l’amour réciproque, un peu à la manière, mais plus poliment, des MC’s de Tandem qui rappaient « Je baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime ». Las, on lui renvoie une supposée identité arabe à tout propos.

Réda Seddiki, qui a participé à Jokenation Afrique où on lui a préféré Charlotte Ntamack pour représenter le continent au Gala Francophone de Montreux, fait ses débuts dans l’humour ; il a du talent et de l’esprit, mais une assurance encore incertaine. De ce seul en scène classique – bien loin du stand-up à la tchatche urbaine – émerge une parole déliée mais un jeu un peu convenu. Surtout à la fin, lorsqu’il lit cette missive rimée qui rappelle les poèmes poussifs que s’autorisent parfois les comiques.

Il y a quelque chose de Fellag en Reda Seddiki, d’autant qu’il essaie de déconstruire les clichés de l’humour couscous, ce plat à quoi il est trop souvent réduit. On se souvient que dans Petits chocs des civilisations, Fellag évoquait les relations franco-algériennes de manière précise, approfondie et osée. A l’inverse, Reda Seddiki effleure trop souvent son sujet, qu’il parle de racisme, de décolonisation, ou de la jalousie de ses potes restés au pays. Oui, il critique un peu la France et un peu l’Algérie – bien que BFM TV s’en charge déjà au quotidien -, mais le spectacle s’étire parfois en longueurs ou en répétitions. Reste de l’esprit et un vrai potentiel chez cet humoriste à suivre de près.

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