Yannick Bourdelle e(s)t Robert Lamoureux

C’est à une entreprise de réhabilitation que se livre le comédien Yannick Bourdelle. Avec la modestie de ceux qui ont commencé sur le tard (il a été régisseur plateau pendant dix ans avant de passer sous le feu des projecteurs), il s’efface derrière son idole : Robert Lamoureux, inventeur du stand-up à la française qui incarne le meilleur de l’humour national, selon lui, tout comme La 7e compagnie serait le plus grand film comique français : « On n’a pas fait mieux depuis ! » Oui, Bourdelle est follement nostalgique d’une époque qu’il a connue par l’entremise des redifs télé et radio.  Son enthousiaste inconditionnel le pousse parfois à survendre quelques anecdotes, mais il met tant de cœur à l’ouvrage qu’on ne peut lui en vouloir.

A mi-chemin entre la reprise de sketchs et la reconstitution historique truffée d’anecdotes, le comédien propose une introduction à la vie et l’œuvre de son idole pour un parterre de spectateurs âgés et ravis. Cet incroyable itinéraire couvre 50 ans de vie sur les planches et à la radio, du premier casting de Lamoureux où, au lieu de chanter un chanson, il raconte un poème marrant, suivi par sa première scène aux trois Baudets, repéré par le producteur phare de l’époque, jusqu’à ce Molière d’honneur que le comédien juge un peu mesquin, il aura brûlé les planches de bien des théâtres et été adoubé par le « roi de Paris » Sacha Guitry, qui le fait jouer sur scène et au cinéma dans Si Paris nous était conté.

Au fond, Bourdelle semble plus conteur qu’acteur, vue sa passion pour narrer des anecdotes de vieux combattant, un peu à la manière de Christophe Guybet se rappelant, enfant, le tournage du premier volet de La 7e compagnie. Avec son phrasé à la Alexandre Astier, Bourdelle dit bien les textes de Lamoureux, ces poèmes énoncés naturellement, avec une langue accessible et drôle. Mais quand il accélère le débit pour condenser des années de carrière en quelques secondes, ça tombe à plat…

On sait que Lamoureux a été méprisé pour son côté populo par une certaine élite. « Papa maman la bonne et moi », dont le comédien raconte la genèse sur une lunette de toilette, a un peu vieilli, c’est vrai, comme le sketch du canard, mais l’adresse directe au spectateur est ultra moderne pour l’époque. Bigard avait déjà rendu hommage au rythme si travaillé de Lamoureux, qu’il disait avoir inventé l’ellipse. Voilà donc une nouvelle réhabilitation d’une cette icône un peu oubliée !

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