« Barres de rire », plateau d’humoristes mis en scène par Yazid Aït Hamoudi

Patson, Thomas N’Gijol, Fabrice Eboué… Presque tous les artistes du Jamel Comedy Club ont commencé là début 2006, sur la scène du théâtre de Ménilmontant.  Flashback.

Tenter de définir le comique de Barres de rire est d’autant plus difficile que les conditions d’interview sont loin d’être idéales : à l’issue d’une répétition, tout le monde parle en même temps, s’envoie des vannes, éclate de rire… On peut avancer sans risque puisqu’il s’agit d’un plateau comique rassemblant neuf des meilleurs humoristes du moment. Ensuite, ça se corse. Comique « urbain »? Non, les intéressés refusent cette appellation qui les enfermerait dans une identité sociale ou communautaire : « Il n’y a pas d’humour urbain, ce ne sont pas des blagues qui sentent le bitume, c’est de l’humour», devance Yassine Belattar avant même que la question soit posée. Le Comte de Bouderbala, ex-international algérien de basket, précise : « C’est vrai qu’on vient d’horizons différents, mais ce n’est pas un truc à proprement parler « urbain ». »

Et pourtant, les spectateurs et les artistes de Barres de rire sont plus métissés que le public et les comédiens habituels des théâtres parisiens. Le parrainage du spectacle par la radio hip-hop Générations – et la participation de ses animateurs Yassine Belatar et Thomas Barbazan – entretient l’ambiguïté d’un comique estampillé « hip-hop ». Et l’analyse est d’autant plus périlleuse que la plupart des artistes de Barres de rires viennent d’un autre collectif, les Comic Street show, autoproclamé « premier show d’humour urbain ». Un plateau d’artistes, en partie renouvelés, qui continue son bout de chemin au Splendid. Mais c’est bien d’humour qu’il s’agit ici, tout simplement.

Car que voit-on, un dimanche par mois, sur la scène du théâtre de Ménilmontant ? Une incarnation en chair et en os de l’humour français, dont les références évoluent, glissent, se renouvellent. Soit neuf personnalités entières, qui n’ont peut-être en commun que la jeunesse et le talent et qui, surtout, forment une vraie bande de potes. L’hilarant Patson, le décalé Comte de Bouderbala, Thomas N’Gijol et Fabrice Eboué, dont on a déjà parlé récemment, Yassine Bellatar et ses chroniques politiques, l’Asiatique Frédéric Chau, « imposé », comme le dit la voix off, « pour des raisons de quotas», l’autre Yacine, absurde, Mamane, Black de Montauban friand de jeux de mots à la Devos, Thomas Barbazan à la présentation, sans oublier la dame de la troupe, Amelle Chahbi, ex-miss Météo sur Canal, qui porte un regard de « jeune Parisienne sur la vie, les hommes, les femmes ».

Barres de Rire est la cristallisation d’un phénomène contemporain, le stand-up, à travers une nouvelle génération de performeurs qui, à contre-courant du politiquement correct, n’hésitent pas à dépasser les bornes de la bienséance…
Ensemble, ils répètent, s’entraident, écrivent et testent leurs vannes, pour présenter chaque mois un show en partie inédit. « C’est un brainstorming très riche, commente le comte. Il est intéressant pour la France de comprendre ses enfants, et notamment ceux issus de l’immigration. Aux États-Unis, dans le stand up, ceux qui sont issus des minorités apportent quelque chose en plus. » Alors, place au nouvel esprit français.

(Article paru dans Article-sur-Barres-de-rires-dans-Zurban-10-mai-2006).

2 Comments

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