Eddy Izzard – Stripped

Si Eddie Izzard est une star outre-manche et dans l’espace anglophone, ça ne l’empêche pas de jouer son dernier show en français dans un théâtre de Pigalle. Bien qu’il ne soit pas parfaitement bilingue, le showman militant pro-européen convainc avec un ton décontracté, une imagination débridée et un jeu tout en nuances. Nul autre que lui pour produire un stand-up fourmillant d’animaux et de trouvailles, comme ce « poulet jazzy » sur le bec duquel on appose une trompette pour faire un cocorico façon Louis Armstrong. Dès le départ, on sent le comédien à l’aise avec sa dégaine british (dans un précédent show, Dress to Kill, il était entièrement déguisé en femme). Il commence par décrire le « boulevard du sexe » entre Pigalle et Clichy, l’air méphistophélique des rabatteurs devant les sex shops, l’alternance « magasin de sexe / pharmacie / magasin de sexe » parfois rompue par la présence d’un théâtre. Il évoque les différences entre l’Angleterre et la France, séparées par cette mer que les uns appellent avec grandiloquence le Channel (le détroit), et les autres, négligemment, la Manche (d’une veste)…

Ex-agnostique, l’humoriste ne fait pas mystère de son « athéisme mystique », en suggérant aux spectateurs par des messages subliminaux que dieu n’existe pas – pourquoi sinon aurait-il laissé Hitler faire 50 millions de morts ? Passant de la seconde guerre mondiale à l’histoire de l’humanité, il évoque les dinosaures, les hommes préhistoriques, l’arche de Noé et imagine la traversée des Alpes par Hannibal avec des éléphants skieurs. Du point de vue du calamar écrivant son journal intime à gros jets d’encre, il passe à celui de la girafe qui doit tousser pour prévenir ses copines de l’arrivée des lions. Quant à l’opéra, les fréquences ultrasons des cantatrices lui semblent réservées aux chiens, qu’il imagine composant le public avec lunettes de soleil et cigares.

Eddy Izzard pense tout haut, digresse, passe de la grande Histoire à ses propres délires, évoque Wikipedia, les formulaires Apple ou Windows, ou le latin si compliqué qu’il était voué à disparaître… Ici, à Paris et en français, sans être entièrement maître de la langue, c’est par son incroyable présence scénique qu’il embarque le public, par ses jeux de scène, ses effets de voix et ses bruitages. Influencé par les Monthy Pythons et le surréalisme, il produit un stand-up bourré d’imagination et de nonsense british, dont la scène française gagnerait à s’inspirer.

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