François Jenny – Ça par exemple !

  • De et par François Jenny. Mise en scène François Jenny et Vincent Kuentz.
  • Spectacle vu le 1 décembre 2011 à
  • Réserver sur Fnac

Par exemple… C’est par cette locution que François Jenny entame presque chacune de ses phrases, créant un effet d’étrangeté poétique comme si ses mots arrivaient de but en blanc, sortis d’un abîme de réflexions. Ainsi : « Par exemple je déteste manger de la cervelle d’agneau » ou « Par exemple Catherine Deneuve n’est jamais confrontée à l’angoisse du début »… Grosses lunettes sur un visage maquillé de blanc, comme ce clown qu’il a été à ses débuts dans les rues de Nancy, François Jenny arrive sur une musique asiatique. Avec une méticulosité de Geisha, il déballe les préparatifs sur une table qui servira plus tard à hacher menu un poulet (performance bouchère ultra culottée). Oui, le comédien allie tout à son contraire, la finesse à la violence, dans un spectre aussi large que son humour.

« Comment commencer », se demande François Jenny dans un bégaiement aux accents poétiques. Comment commencer ? « En nommant ». Il évoque le travail d’imagination, se demande si le pot est vide ou plein, prend au pied de la lettre les expressions (ressort habituel de l’humour sur les mots), convoque Jean-Pierre Coffe, son presque sosie, et Catherine Deneuve qu’il étrille avec plaisir, fait chanter un opéra par une théière et un pot, d’une façon surréaliste qui rappelle « la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection » évoquée par Lautréamont, dans les Chants de Maldoror. Il construit un scénario de film d’action basé sur le fait que l’héroïne doit faire pipi – bien vu, cinématographique et enlevé -, interroge les idées reçues comme la tradition. Évoquant la langue de Molière, notre mère à tous (puisque le français est à la fois notre langue maternelle et celle de Molière), il poursuit sur l’alsacien parlé par ses grands parents et sur nos préjugés à l’égard de l’allemand, dus, selon-lui, à la mémoire de la guerre. Et de citer d’une voix douce le poème de Peter Handke énoncé dans les Ailes du désir de Wim Wenders : « Als das Kind kind war… ». Voilà qui change de la Marseillaise !

Mime, clown, conteur d’histoires fantastiques, inventeur de jeux de mots et de raisonnements métaphysiques, François Jenny nous montre ici tout ce qu’il sait faire, sans ostentation. L’heure s’écoule ainsi, en une succession de passages surprenants qui mettent réellement en jeu la vie du comédien, à la fois poète et clown loquace.

DANS LA MÊME RUBRIQUE

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*