… à la française ! Avec la troupe d’Edouard Baer

« L’important c’est l’énergie, c’est comme les gens qui embrassent mal mais longtemps » Cette phrase prononcée par Édouard Baer dans A la française résume bien le spectacle : vivant mais brouillon et un peu long, accusant les défauts des précédents, La Folle et véritable histoire de Luigi Prizotti, Looking for Mr Castang et Miam miam. Comme d’habitude, la troupe d’Édouard Baer est montrée en train de répéter, un dispositif dans l’air du temps qui permet toutes les approximations. Sa mission cette fois : créer un spectacle présentant la France à un parterre de représentants étrangers lors d’un G20 organisé à Paris. Le commanditaire, un conseiller ministériel (Lionel Abelanski ce soir là) dont la femme est fan d’Édouard Baer, est chargée de veiller aux préparatifs… Édouard et sa troupe avaient trois mois pour repérer, mais évidemment, rien n’est n’est prêt à la veille du grand soir.

On apprécie les solos, à commencer par ceux de Baer qui n’a rien perdu de son talent de bateleur. Comme toujours, il entonne de longs monologues décousus, ici sur la banlieue où il concède n’être jamais allé – « enfin, pas personnellement » – et qu’il fantasme comme une tour de Babel où les pannes d’ascenseurs permettent de dialoguer en des langues inconnues avec des voisins merveilleux. On rit aussi quand il admoneste ses jeunes troufions, Atmen Kelif ou ce fils de ministre, joué en alternance par Philippe Duquesne et Vincent Lacoste. Quelques tableaux sont esthétiquement réussis, comme ce rêve où la France se manifeste au chef de troupe sous les traits d’un coq et d’une Marianne, les voix de la France étant celles des standards téléphoniques EDF ou SNCF…

Mais l’ensemble est distendu, brouillon, sans rythme. On a l’impression étrange que l’histoire ne répond à aucune nécessité, que des personnages irréels, sans épaisseur, s’agitent sur scène sans savoir pourquoi, à l’image du vieux pirate borgne, Patrick Boshart, qui joue au Quiercé (un tiercé sans chevaux). Cette mise en abyme qui consiste à montrer des répétitions infructueuses suffit-elle à excuser l’inachèvement du spectacle ?

Entre les scènes, garçons et filles en tenues colorées entonnent façon cabaret les chansons écrites par le frère aîné d’Édouard, Julien Baer, textes ciselés évoquant les vins de France ou les rond-points de banlieue. De sorte que l’ensemble forme une accumulation de numéros disparates, comme dans le Grand Mezze, show polymorphe qui intégrait tout : slam, clown, conte, parodie, chant, danse… D’ailleurs, la visite à la lampe torche du théâtre plongé dans l’obscurité figurait déjà dans le Mezze. Depuis ce show mythique commencé au Rond Point en 2002 avec François Rollin, il semble que la même recette soit répétée, toujours moins goûteuse : une scène ouverte scénarisée où un chef d’orchestre laisse libre cours à la fantaisie de ses intervenants. Petit à petit, les personnalités du théâtre de rue, comme Arnaud Aymard, Fred Tousch ou Diane Bonnot, sont remplacées par des acteurs médiatiques comme Lionel Abelanski ou Leila Behkti. Bref, ça tourne en roue libre, les comédiens semblent livrés à eux-mêmes et on cherche la mise en scène. Dommage qu’Édouard Baer ait été si paresseux sur ce coup-là…

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