Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat

  • Une création de Joël Pommerat. Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Éric Feldman, Philippe Frécon, Yvain Juillard, Anthony Moreau, Ruth Olaizola, Gérard Potier, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu, Simon Verjans, Bogdan Zamfir. © Elizabeth Carecchio
  • Spectacle vu le 16 juillet 2018 à
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On connaît Joël Pommerat pour ses spectacles à l’ambiance fantastique, kafkaïenne ou lynchienne, avec une sonorisation et des lumières qui créent l’angoisse chez le spectateur. Trois ans après sa création récompensée aux Molières, ce Ça ira (1) Fin de Louis joué en ouverture du Festival Paris l’été au 104 est une fiction politique au style beaucoup plus réaliste. C’est une expérience à la fois historique et contemporaine, en costumes d’aujourd’hui, où le spectateur est plongé dans une salle plus classique que les scènes circulaires ou bifrontales chères à Pommerat, grouillant pourtant de comédiens. Ils incarnent les constituants, c’est-à-dire les premiers représentants du peuple français réunis à Versailles en vue d’écrire une Constitution. En somme, après les cahiers de doléances et avant l’exécution du Roi et la Terreur, voici l’histoire de la naissance de la démocratie en France.

Cette histoire est contée à l’échelle locale, entre Paris et Versailles. La narration nous plonge d’abord dans un comité de quartier parisien, où les habitants vont choisir les députés qui partiront à Versailles aux États Généraux. Dès le départ se dessine un débat entre aspirations philosophiques et évocation des problèmes quotidiens. Il y est question du sort des confiseurs qui subissent la concurrence déloyale des religieuses ou de la nécessité de repenser l’architecture de Paris pour pouvoir mieux respirer. Ensuite, on découvre à Versailles ces trois assemblées correspondant aux trois ordres, noblesse, clergé et Tiers État. Cette dernière assemblée, rassemblant 98 % de la population, va être rejointe par les deux autres afin de se faire l’image de toute la France. Et l’on voit travailler ces députés qui, lorsque Paris s’embrase pendant les émeutes du 14 juillet et la prise de la Bastille, continuent à édicter les règles des « droits des hommes ».

A part le roi « Louis », aucune figure historique n’est citée : chacun est représenté par sa fonction et des noms d’emprunt, comme l’archevêque de Narbonne ou le premier ministre Muller (au lieu de Necker). Les personnages sont habillés en costume contemporain et l’on compte des femmes parmi les députés. Il y a quelques effets de mise en scène, comme des vues transversales ou la présence d’une correspondante télé espagnole qui rend compte en direct des États Généraux. Mais ce qui frappe surtout, à notre époque où l’art oratoire resurgit sur la scène publique, c’est la façon dont Pommerat parvient à montrer si simplement la naissance de la rhétorique du discours politique, les tics de langage et les huées, dans cette assemblée nationale qui se divise entre sa gauche et sa droite.

Au bout de plus de 5 heures, inclant deux pauses, on sent quand même le temps passer. Et pourtant, Pommerat est allé à l’essentiel, de façon à la fois didactique et enlevée, sans les effets qu’on lui connaît à part quelques ambiances de salon dans le cadre desquelles se déploie son univers étrange. Enfin, si notre histoire passée s’incarne aussi bien au présent, c’est grâce aux merveilleux comédiens de la compagnie Louis Brouillard.

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